Homélie du 4ème Dimanche du TO (A)

Mt 5, 1-12a
 En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.Il disait :  
  « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
    Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »


   Ne pourrait-on pas parler, au sujet de cet évangile, de la Pentecôte de Jean-Baptiste ? Nous réalisons, bien sûr, qu’avec ces paroles du Précurseur, nous avons affaire à l’événement du baptême de Jésus. Jean-Baptiste se trouve encore sur les bords du Jourdain. Il vient de recevoir les envoyés des autorités religieuses de Jérusalem, et il leur a expliqué, pour répondre à leur enquête, qu’il n’était pas le Christ, ni Élie, ni le prophète attendu pour la plénitude des temps. Il voit maintenant Jésus venir vers lui, et il déclare à son propos : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Il ajoute une parole un peu énigmatique, mais qui manifeste clairement la grandeur de la personne qui s’approche et à qui il rend hommage : «  C’est de lui que j’ai dit : l’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était ». Plus encore : cet homme, qui reste un inconnu pour ses contemporains, est celui qui a été la raison de la mission que, lui, Jean-Baptiste, accomplit depuis plusieurs mois : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, poursuit-il, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël ». Les personnes présentes, qui entendent ces paroles, apprennent de la sorte que leur attention doit se porter désormais sur celui qui arrive et dont la mission unique va maintenant se révéler.

  Si Jean-Baptiste peut parler de la sorte, c’est qu’il a lui-même bénéficié d’une révélation particulière au moment du baptême de Jésus. En effet, il explique encore : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui ». Cette manifestation extérieure était un signe venant de Dieu, dont le sens lui avait été expliqué auparavant. Jean-Baptiste déclare à ce propos : « Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint” ». Fort de cette explication, Jean-Baptiste a pu identifier celui que Dieu envoyait pour libérer l’humanité de ses péchés. Jean tire la conclusion de tous ces éléments en déclarant de façon solennelle : « Moi, j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ».

   Si Jean-Baptiste a pu reconnaître qui est véritablement Jésus à l’occasion de son baptême, c’est parce que l’Esprit Saint s’est manifesté à ce moment-là et lui a permis de réaliser quelle mission Jésus était venu accomplir. L’Esprit de Dieu l’a conduit « dans la vérité toute entière » (Jn 16,13) et a fait de lui un témoin. Jean-Baptiste utilise précisément le verbe « témoigner » pour qualifier sa parole sur Jésus de même que l’évangéliste Jean parle de « témoignage » pour introduire sa présentation de l’événement. Ce sont également des « témoins » de Jésus que sont devenus les disciples au jour de la Pentecôte grâce au don de l’Esprit Saint qui leur a été fait, venant sur eux pour qu’ils soient « témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8).

  Nous mesurons la force de ce témoignage de Jean-Baptiste concernant le Seigneur dans l’évangile de ce jour. Le mystère de Jésus est dévoilé. Il est « l’agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde ». Le témoignage de Jean-Baptiste permet de comprendre tout ce qui sera présenté dans la suite du quatrième évangile. Il prépare les lecteurs à accueillir Jésus comme le Sauveur du monde (cf. Jn 4, 42).

   Ce récit, que la liturgie nous offre en ce dimanche, nous aide à ouvrir notre cœur et notre esprit à la personne  de Jésus qui nous libère de nos servitudes et nous ouvre le chemin vers un monde nouveau. Entre Noël et Pâques, au début du Temps Ordinaire de notre année liturgique – c’est à dire le temps de la vie quotidienne dans lequel se vit la fidélité au long des jours –, la parole de Jean-Baptiste nous fortifie dans notre désir de faire au Christ toute la place qui lui revient pour qu’il transforme nos existences et nous renouvelle intérieurement. Il nous donne d’avoir part à la joie qui est celle de « l’ami de l’époux » (Jn 3, 29).

  Cela se réalise si nous nous laissons guider par l’Esprit du Seigneur, l’Esprit de Pentecôte, qui fait de ceux qui le reçoivent des « témoins ». Il suffit que nous laissions l’Esprit agir en nos cœurs, l’Esprit qui nous a été donné au baptême. Nous pouvons alors, à l’imitation de Jean-Baptiste, reconnaître Jésus présent dans notre vie et être témoins de l’espérance qu’il apporte à notre humanité. Amen.

Homélie pour le Saint Jour de Noël (A)

Jn 1, 1-18
  Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu,
et le Verbe était Dieu.Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. 
    Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. 
    Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père
comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
    Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant :« C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
    Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

  Le prologue de l’évangile de Jean, que la liturgie a choisi pour la messe du jour de Noël, nous offre une grande méditation sur le projet de Dieu à l’égard de notre humanité. Dans ce cadre, la personne de Jésus occupe une place privilégiée, et c’est cela qui explique le choix qui a été fait, la fête de Noël étant la fête par excellence de l’incarnation.

  Parmi les énoncés les plus importants de cette belle préface du quatrième évangile, nous avons cette déclaration au sujet du Seigneur, contemplé comme la « Lumière du monde » : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom ».

   Le langage est, à sa façon, paradoxal. D’un côté, l’auteur sacré explique que l’envoyé de Dieu n’a pas été reçu ; d’un autre côté, il déclare que ceux qui l’ont reçu ont été gratifiés d’un don exceptionnel de la part de Dieu, à savoir de « pouvoir devenir enfants de Dieu », moyennant la foi.

   Cette présentation de la réalité se reflète dans la tradition évangélique.  Matthieu et Luc nous racontent, chacun à sa façon, comment l’annonce de la naissance de l’enfant de Bethléem a suscité émoi et crainte chez Hérode, roi de Judée (Mt 2, 1–4), mais en même temps joie et enthousiasme chez les bergers gardant leurs troupeaux dans la région de Bethléem (Lc 2, 8–20) comme plus tard conviction et détermination chez les mages venus d’Orient (Mt 2, 1–12). Ce double aspect fait, en quelque sorte, partie du destin de celui qui est venu révéler à notre monde l’amour infini de Dieu pour tous les hommes (cf. 1 Jn 4, 9–10). Un certain nombre l’ont rejeté avec de la haine au fond du cœur ; beaucoup d’autres l’ont accueilli comme l’envoyé de Dieu qui apporte avec lui des paroles d’espérance (Jn 7, 46) et inaugure, par sa présence, un monde nouveau (2 Co 5, 17 / Ap 21, 1–7 ; cf. Lc 22, 20 // 1 Co 11, 25). La foi ouvre le cœur et permet de reconnaître celui qui est véritablement le Sauveur du monde et est source de joie pour toutes les personnes qui savent l’accueillir (Lc 2, 10–11), parce qu’elles ont une âme de pauvre (Mt 5, 3) et ont su bannir de leur esprit toute pensée hautaine (Lc 1, 51–53).

   Le vieillard Syméon, homme rempli de sagesse, avait averti les parents de Jésus lors de la présentation au Temple. Le nouveau-né sera « un signe de contradiction » pour notre humanité (Lc 2, 34). Les hommes se départageront à son sujet, les uns le rejetant comme un imposteur (Jn 9, 16.24.28–29), les autres le reconnaissant comme celui dont les signes révèlent la présence de Dieu (Jn 9, 30–33).

   La révélation, qui nous est offerte par les évangiles concernant la personne de Jésus, s’est vérifiée tout au long des siècles et manifeste aujourd’hui encore sa pertinence. Certains veulent nier l’histoire et le retentissement  qu’a connu la venue de Jésus parmi nous ; d’autres le reconnaissent comme le Messie, l’envoyé de Dieu, le Sauveur du monde. Tel est le fruit de la foi, cette foi, qui nous anime intérieurement avec tous les chrétiens répartis partout dans l’univers. Jésus, la « Lumière du monde » éclaire chacune de nos vies. Sa parole et son message balisent notre route, et l’exemple qu’il nous a laissé — un amour qui va « jusqu’au bout » (Jn 13, 1) — nous motive dans notre engagement de croyants. À notre tour, nous devons aimer, parce que la foi nous donne de reconnaître celui qui nous a aimés le premier et nous montre la voie pour aimer comme il a aimé (Jn 13, 34–35 / 1 Jn 4, 11–12).

Fêter Noël, célébrer la naissance de Jésus, c’est faire mémoire de tout cela, commémorer une histoire qui a commencé il y a bien des siècles et qui a trouvé son achèvement avec la venue du Seigneur parmi nous, venue qui connaîtra son point culminant dans les événements de Pâques. La célébration de ce jour remplit note cœur de joie et nous établit dans la confiance. La « Lumière du monde », que nous avons reconnue dans la personne de Jésus, éclaire chacune de nos existences et lui donne un sens. Nous sommes bénéficiaires de l’amour de Dieu qui a pris un visage concret dans l’enfant de Bethléem.

  En même temps, nous comprenons que Dieu nous a confié une grande responsabilité. Il a fait de nous des partenaires. Par la foi en Jésus, nous sommes devenus « enfants de Dieu », comme nous le rappelle l’évangile de ce jour, autrement dit, membres de la famille de Dieu. Savons-nous être témoins de cette appartenance privilégiée ? Le mystère de l’incarnation va jusque-là. On pourrait presque dire que Dieu a lié son sort dans notre monde avec nous, ses enfants d’adoption par la foi. Agissons-nous de façon telle que les hommes et les femmes de notre temps puissent reconnaître la présence de Dieu dans nos vies et trouvent de la sorte le chemin vers lui ?

  En célébrant la naissance de Jésus en cette fête de Noël dans la joie et l’action de grâce, nous entendons aussi cet appel : “Sois ‘lumière du monde’ pour tes frères et sœurs en humanité (Mt 5, 14), parce que la ‘Lumière du monde’ par excellence, le Seigneur Jésus (Jn 8, 12 – cf. 3, 19–21 ; 9, 5 ; 12, 35–36), est venu parmi nous et transfigure la vie de ceux et celles qui mettent en lui leur foi”. Amen.

 P. François Fraizy

Homélie du 31ème Dimanche du TO (C)

 Lc 19, 1-10 
  En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.
   Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
   Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

   Quel est le personnage central de cet évangile ? Spontanément, nous avons envie de dire : Zachée ! Et cette réponse est tout à fait pertinente. C’est lui qui désire voir Jésus lorsqu’il passera par là ; c’est lui qui grimpe sur le sycomore, comme pour être aux premières  loges et profiter pleinement de l’événement ; c’est lui qui descend avec empressement à l’invitation de Jésus ; c’est lui qui reçoit le Seigneur avec joie dans sa maison ; c’est lui encore qui annonce ce qu’il a décidé dans son cœur à l’occasion de cette rencontre, qui connaît un retentissement beaucoup plus important que ce qu’il pouvait imaginer, car en un instant il passe de la curiosité à la conversion. Ce qui devait être d’abord un spectacle pour lui a été cause d’un retournement radical dans sa propre vie. La rencontre avec Jésus dans l’intimité de sa propre maison a ouvert les yeux de son cœur et de sa conscience aux réalités du Royaume de cieux : il réalise que le partage des richesses fait partie du devoir des croyants et que les entorses au droit et à la justice n’ont pas de place dans la vie d’un disciple, avec un devoir de réparation quand du tort a été fait au prochain.

    Oui, cette histoire de Zachée nous touche profondément, parce qu’elle nous montre que la conversion est toujours possible et que celle-ci est fondamentalement source de joie. Cet homme s’est laissé toucher par la visite de Jésus et cela a changé définitivement le cours de son existence.

     Telle est la fécondité de la présence de Jésus quand on sait l’accueillir chez soi et lui ouvrir la porte de son cœur. De ce point de vue, l’histoire de Zachée nous permet de mieux comprendre qui est Jésus et ce qu’il est venu accomplir parmi nous. On pourrait dire que cette scène est comme un résumé de tout l’évangile et nous donne de réaliser ce que produit la rencontre vraie avec le Seigneur.

   À y regarder de plus près, nous percevons que le personnage central de cet épisode, c’est, en fait, Jésus. Zachée est là comme le révélateur, au sens photographique du terme, pour que soit mise en pleine lumière la mission du Seigneur.

   Si nous observons bien la manière dont Luc écrit son récit, nous remarquons que c’est Jésus qui est mentionné en premier lieu, et l’histoire se termine par la parole explicative qu’il exprime pour  présenter la portée de l’événement.

   Le choix des mots est lui-même hautement significatif. Le premier verset dit explicitement au sujet du Seigneur : « Étant entré, il traversait Jéricho ». Or ce verbe « traverser » est dans l’œuvre de Luc – aussi bien dans le troisième évangile que dans les Actes des apôtres –, un terme spécifique pour désigner la mission. Quand il est dit que Jésus, et ensuite les apôtres, « traversent » le pays, cela veut dire, que le déplacement qui est mentionné ne relève pas du tourisme ou de la villégiature. Il s’explique par le désir d’annoncer la Bonne Nouvelle (Lc 9, 6 ; 17, 11 ; Ac 8, 4.40 ; 9, 32.38 ; 10, 38 ; 11, 19).  Zachée lui-même, nous explique Luc, voulait voir Jésus, quand il allait « traverser » à cet endroit ; autrement dit, la curiosité qui l’avait fait monter sur l’arbre n’était pas motivée simplement par le fait de participer à un divertissement inhabituel. Il y avait secrètement dans son cœur une attente de la venue du règne de Dieu dans sa propre vie, d’où l’empressement avec lequel il monte sur le sycomore, comme aussi il en redescendra, « se hâtant » chaque fois, comme Marie s’était « hâtée » de se rendre chez Élisabeth après la visite de l’ange Gabriel (Lc 1, 39 – cf. 2, 16 ; Ac 20, 16 ; 22, 18). La rencontre avec Jésus conduira à son terme ce qui était encore à l’état embryonnaire en lui.

      Ce qui a été le déclencheur, c’est l’attention que Jésus porte à Zachée. Le Seigneur aurait pu passer sans le voir, compte tenu de la foule qui se trouvait là. Son regard, en fait, s’arrête sur cet homme en cet instant, signifiant tout l’intérêt qu’il lui porte et qui se manifeste par la parole qu’il lui adresse : « Aujourd’hui, c’est dans ta maison qu’il me faut demeurer », explique-t-il.

      Ce moment de convivialité portera tout son fruit. Zachée prend conscience des réajustements qu’il a à opérer dans sa conduite, et il en fait part à Jésus, manifestant de la sorte le consentement qu’il donne à l’appel à la conversion qu’il entend lors de la rencontre.

      Jésus peut alors mettre en pleine lumière la signification de ce qui vient de se produire : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison », constate-t-il. La mission qu’il est venu accomplir a trouvé sa réalisation ce jour-là à travers le changement de vie que Zachée a choisi d’opérer. La scène se conclut précisément avec cette parole du Seigneur de type autobiographique, mettant en évidence l’œuvre qui est la sienne et qui a trouvé un bel accomplissement dans « la réception » que Zachée lui a offerte : « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui est perdu ».

      Oui, c’est bien Jésus en tant que « sauveur », qui nous est présenté dans cette scène. « Aujourd’hui vous est né un sauveur, dans la ville de David », avaient annoncé quelque trente ans plus tôt les anges aux bergers de Bethléem (Lc 2, 10–11). Ce « sauveur » vient à la rencontre de chacun d’entre nous. Il nous appelle par notre propre nom (cf. Is 43, 1)Avons-nous véritablement le désir de le « voir », quand il « traverse » près de nous, proposant de différentes manières le message de l’évangile, source de renouvellement intérieur ? Sommes-nous disponibles pour le recevoir chez nous quand il s’invite de façon inattendue pour nous demander de nous engager sur des chemins nouveaux ? Avons-nous la détermination qui convient pour opérer les changements auxquels il nous convie ? Une chose est sure : la joie du Royaume des cieux est offerte aux « Zachée » de tous les temps qui accueillent Jésus dans leur maison avec tout ce que cela implique. Saurons-nous faire nôtre cette joie dans notre vie présente ? Amen.

P. François Fraizy

 

Homélie du 15ème Dimanche TO (C)

Lc 10, 25-37

   En ce temps-là, un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »  L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »
  Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »
  Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »
  Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho,
et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups,s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture,le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : ‘Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.’ Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » 
   Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. »
   Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

       Avec cette parabole, nous avons un des sommets de l’enseignement de Jésus. Un docteur de la Loi, un légiste demandait au Seigneur ce qu’il convient de faire pour avoir part à la vie éternelle. Jésus ne donne pas une réponse toute faite. Il interroge son interlocuteur, qui apportera lui-même la réponse. « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit, demande Jésus, comment lis-tu ? ». Avec la révélation qui a été faite à Moïse, ce croyant d’Israël possède tout ce qu’il faut pour trouver les vrais chemins de la vie. Le légiste cite le verset du Deutéronome qui exprime le cœur de sa pratique religieuse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». Voilà le fondement de toute attitude religieuse : aimer Dieu passionnément, totalement, sans la moindre réserve, et aimer son prochain comme soi-même. Les deux réalités sont indissociables. L’amour de Dieu n’éloigne pas du frère en humanité, et l’amour de celui-ci ne détourne pas de Dieu. En servant le frère, on sert Dieu. L’amour pour Dieu se manifeste concrètement, de façon visible, dans le service du prochain. Tel est le trésor commun que nous partageons avec nos frères aînés dans la foi.

    La parabole de Jésus met cela en lumière de façon très parlante. L’opposition, dans l’attitude concrète, entre le prêtre et le lévite, d’une part, et le Samaritain, d’autre part, montre qu’il n’y a pas d’automatisme en la matière, mais qu’il est requis, de la part de tous sans exception, un engagement du coeur, quelle que soit sa condition personnelle d’un point de vue religieux. Ceux qui sont les représentants officiels de la religion, dans la parabole, ont méconnu concrètement ce que leur religion proclame avec toute la netteté souhaitable. À la vue de l’homme gisant à terre, à demi-mort, le prêtre et le lévite sont passés de l’autre côté. Inversement, le Samaritain, qui peut être considéré comme un dissident en matière religieuse, est celui qui fait œuvre d’amour et de compassion à l’égard de celui qui est dans une situation de détresse. Il fut « saisi de pitié » pour lui, il fut « ému jusque dans ses entrailles », comme on peut traduire très littéralement. Nous le comprenons : le statut religieux à lui seul ne suffit pas pour incarner dans la vie personnelle les valeurs du Royaume des cieux. Jésus rend ce croyant sincère pleinement conscient de sa responsabilité de croyant et du retentissement que la foi en Dieu doit avoir dans la relation aux autres. L’amour pour Dieu, qui est miséricorde, doit rendre les croyants pleinement miséricordieux à l’égard des autres. La vraie fidélité à Dieu passe inévitablement par là.

     Avec cette histoire fictive, comme l’est toute parabole, il n’est pas question pour Jésus, d’opposer un groupe socio-religieux à un autre. Mais en racontant cette parabole, le Seigneur explique à l’homme au cœur droit, qui l’interroge sur ce qu’il faut faire pour avoir part à la vie éternelle, que la vraie démarche religieuse implique une vigilance de tout instant à l’égard du frère en humanité et d’une façon particulière pour les personnes qui sont en situation de nécessité, quelle qu’en soit la forme. La sollicitude à l’égard des autres, qui ont besoin d’attention et d’aide, est le critère d’authenticité de toute démarche religieuse. Être croyant, vouloir appartenir au Dieu unique, va jusque-là.

   Jésus rappelle avec force, dans ce dialogue, le message qui a été transmis à nos pères dans la foi. Puissions-nous, les uns et les autres, avoir un cœur pleinement disponible pour témoigner de la sorte du Dieu unique dans le monde. Il est un Dieu plein de miséricorde, et cette miséricorde doit être rendue visible par toutes les personnes qui le reconnaissent comme Dieu. En agissant de cette manière, à l’exemple du bon Samaritain, nous manifesterons au monde le vrai visage de Dieu et nous nous engagerons personnellement sur les chemins qui conduisent à la vraie vie, à la vie éternelle auprès de lui, dans le Royaume des cieux. Amen.

P. François Fraizy

 

 

Révision et prière au monastère

Afficher l'image d'origine Événement à noter :

Du Vendredi 10 au Mardi 14 juin 2016

Révision et prière au Monastère

Afficher l'image d'origineSaturée, fatiguée, dispersée, tentée….

Et pourquoi ne pas venir réviser vos examens au vert et au calme
dans notre monastère en la Cité du Sacré-Coeur ?

Afficher l'image d'origineStressée, anxieuse, dans le doute…?

Pourquoi ne pas venir déposer votre fardeau
dans le Cœur de Jésus
et vous confier à la prière des moniales Dominicaines ?

Tout tristeBesoin de soutien, marre de travailler seule ?

Pourquoi ne pas se retrouver avec d’autres pour se stimuler dans l’étude…
et la remise de soi confiante au Seigneur?

Nous ouvrons nos portes
au lycéennes et étudiantes en révision d’examens !

Ce que vous ne trouverez pas chez vous ?

Afficher l'image d'origine
Les offices et la prière des moniales, l’écoute d’une sœur,
les bon petits plats de la cuisinière,
se mettre à l’écart dans une ambiance studieuse,
un pèlerinage et une démarche jubilaire aux sanctuaires

afin que ce temps de révision soit :
un temps pour dieu,
un moment de grâce
d’ouverture de cœur aux dons de Dieu,
d’écoute de sa Parole,
pour tout Lui remettre et qu’Il soit guide et votre soutien !

retraite jubilaire pour jeunes adultes.

Du Jeudi 5 mai au Dimanche 8 Mai 2016 

En cette année où l’Ordre des Prêcheurs fête ses 800 ans,
les Moniales Dominicaines de Paray-le-Monial proposent

une retraite jubilaire pour jeunes adultes.

logoDOm

Sur le Thème : Dominique, homme de miséricorde

Jeudi : Solennité de l’Ascension

Messe de la solennité de l’Ascension et offices avec la communauté
         Enseignements :  Saint Dominique et la miséricorde
                                          Qu’est-ce-qu’une démarche jubilaire ? Les indulgences
         Démarche jubilaire en la chapelle du Monastère
         Temps d’oraison guidée, partage sur le thème. Préparation aux offices.

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Vendredi : De la Passion à l’Ascension

Messe et offices avec la communauté
         Enseignements :  Saint Dominique et la Croix
                                          Qu’est-ce-qu’une la Miséricorde (Avec Jean-Paul II)
         Démarche jubilaire aux sanctuaires de Paray, passage de la Porte Sainte
         Temps d’oraison guidée, partage sur le thème. Préparation aux offices.

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Samedi Appeler l’Esprit Saint avec la Vierge Marie

Messe et offices avec la communauté
         Enseignements :  La place de Marie dans la vie dSaint Dominique
et de l’Ordre des Prêcheurs
                                          Mrie, Mère de Miséricorde
         Pèlerinage marial à Notre-Dame de Romay. Prière d’offrande à Marie.
         Temps d’oraison guidée, partage sur le thème. Préparation aux offices.

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Dimanche Accueillir l’Esprit comme Dominique

Messe dominicale et offices avec la communauté
         Enseignements :  Saint Dominique Docile à l’Esprit Saint
                                         La communion des saints, don de la Miséricorde
         Démarche jubilaire en la chapelle du Monastère
         Temps d’oraison guidé et envoi : être miséricordieux comme le Père

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La retraite peut être suivie en totalité ou en partie pour ceux qui ne peuvent pas être présents sur ces 4 jours. Participation libre.

Vous pouvez nous contacter au 03 85 81 09 09 pour vous inscrire.

Homélie pour le 2ème Dimanche du Carême (C)

Lc 9, 28–36

  En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. 
  Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. 
   Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.
   Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. 
   Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

     C’est toujours pour nous une joie et un encouragement d’entendre le récit de la Transfiguration de Jésus le deuxième dimanche de Carême. Les yeux de notre intelligence et de notre cœur sont chaque fois éblouis par la lumière rayonnante qui émane de la personne du Seigneur.

      Le récit, que l’évangéliste Luc nous offre cette année, nous rappelle bien les traits caractéristiques de cette scène qui habitent notre mémoire : Jésus emmène ses disciples sur une montagne ; il est transfiguré devant eux ; il parle avec Moïse et Élie ; et au terme, une voix se fait entendre de la nuée proclamant qu’il est le Fils bien-aimé du Père. Tout ces éléments, nous les retrouvons dans le récit que nous venons d’entendre et nous sommes heureux de réactualiser, de cette manière, un univers qui nous est familier au plan spirituel.

            Si après cela, nous nous accordons un peu de temps pour approfondir notre lecture de ce passage, notre joie est encore plus grande. En effet, nous avons bien le même récit, mais, en plus, ce récit contient toute une série d’éléments, qui pourraient passer presque inaperçus et qui, en fait, ont un contenu doctrinal très dense. Ce sont des enseignements que Luc est le seul à nous rapporter à cet endroit et qui permettent d’avoir une compréhension plus profonde du mystère personnel de Jésus.

   Le troisième évangéliste commence de la sorte sa narration de l’événement : « Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier ». Et il poursuit : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre ». Nous observons ainsi que la transfiguration a lieu alors que Jésus est en prière. Le double emploi du verbe « prier » dans ce contexte marque une insistance. Celle-ci devient particulièrement parlante quand nous percevons que Luc a pris soin, de nombreuses fois, de montrer Jésus en prière. Il mentionne ce fait en particulier dans des récits qu’il a en commun avec Matthieu et Marc, alors que ceux-ci n’évoquent pas cette réalité. Ainsi, lors du baptême du Seigneur par Jean-Baptiste, Luc nous indique que Jésus est en prière au moment où la voix céleste se fait entendre pour proclamer que Jésus est le Fils bien-aimé du Père, comme dans le récit de la transfiguration précisément (Lc 3, 21 — cf. Mt 3, 16 // Mc1, 10). Après la guérison du lépreux de Capharnaüm, Luc explique que Jésus se retire dans le désert et que là, il priait, ce que ne mentionnent ni Matthieu ni Marc (Lc 5, 16 — cf. Mt 8, 4 // Mc 1, 45). Au moment où il s’apprête à appeler les apôtres, Jésus est en prière, selon Luc et lui seul (Lc 6, 12–16 — cf. Mt 10, 1–4 // Mc 3, 13–19). Un peu plus tard, quand Jésus sera à Césarée et posera la question de confiance aux apôtres, leur demandant qui il est pour eux, Luc, et lui seul, signale que le Seigneur est en prière (Lc 9, 18 — cf. Mt 16, 13 // Mc 8, 27). Par la suite, les apôtres adresseront à Jésus une requête pour qu’il leur apprennent à prier, comme Jean-Baptiste l’avait fait pour ses disciples. Cette demande arrive alors que Jésus est en prière (Lc 11, 1–4 — cf. Mt 6, 7–13). Nous le savons, l’évangéliste Luc est, par bien des aspects, le théologien de la prière. Sur les dix-neuf emplois du verbe « prier » dans son évangile, neuf servent à décrire la prière de Jésus. Jésus est donc pour lui le « priant » par excellence, et c’est souvent à l’occasion de sa prière que le Seigneur révèle qui il est véritablement ou qu’il accomplit lui-même des actes importants de sa mission. La transfiguration est à comprendre dans cette lumière. En le voyant prier, les disciples pressentent quelque chose de sa transcendance. Il est véritablement le Fils de Dieu, l’envoyé du Père.

   Luc, dans son récit de la transfiguration, apporte une autre précision importante. Il mentionne, comme Matthieu et Marc le dialogue de Jésus avec Moïse et Élie. Mais il indique en plus le contenu de leur échange. Tous les trois « parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem », ajoute-t-il. Le lecteur est ainsi averti qu’il faut comprendre cette scène en la mettant en lien avec la passion. Le Bien-aimé, qui est maintenant le Transfiguré, sera aussi le Crucifié.

  Un autre aspect encore du récit de Luc peut retenir notre attention. L’évangéliste explique au sujet de Jésus que les disciples virent sa « gloire », mot qui est mis en valeur, là aussi, par son double emploi. Cette remarque est comme une anticipation discrète, mais bien réelle, de l’explication que le Seigneur Ressuscité donnera aux disciples désemparés sur le chemin d’Emmaüs, déclarant : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire » (Lc 24, 26). Luc commentera, juste après cette citation de la parole de Jésus le soir de Pâques, en disant : « Et partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (24, 27).

 Ce sont toutes ces réalités qui nous sont présentées dans le récit de la transfiguration que Luc nous transmet. C’est à ce Jésus-là que nous voulons nous attacher plus profondément durant ces quarante jours de Carême : Jésus, le Bien-aimé, le Transfiguré, le Crucifié, le Ressuscité. En le contemplant dans sa prière, nous comprenons mieux qu’il est le « Seigneur de gloire » (1 Co 2, 8), image visible du Père invisible, et nous réalisons plus intensément que nous sommes appelés à avoir part à sa vie de Ressuscité, comme le proclamait, avec beaucoup de force, l’apôtre Paul dans la deuxième lecture. « Notre citoyenneté se trouve dans le cieux, déclarait-il, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus, lui qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire ». Telle est l’espérance, qui anime intensément notre cœur durant ce temps du Carême. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 4ème Dimanche de l’Avent (C)

Lc 1, 39–45 
En ces jours-là,Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes,et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

   Notre lecture de l’Écriture est souvent colorée par les événements qui marquent notre vie au moment où nous entreprenons cette démarche comme aussi par les sentiments qui habitent notre cœur en de tels instants. La Parole de Dieu nous parle alors d’une façon particulière et apporte une contribution aux préoccupations qui nous animent. Celles-ci nous amènent à découvrir dans le texte biblique des choses que nous n’avions pas encore perçues jusque-là. Nous faisons, d’une certaine manière, une approche nouvelle de l’Écriture. Nous découvrons en elle des éléments qui rejoignent d’une façon heureuse ce qui nous mobilise à ce moment-là.

   Une expérience de ce genre se réalise en ce dimanche, alors que l’Église nous offre comme évangile le récit de la Visitation de Marie à Élisabeth. Nous recevons cette parole alors que nous venons d’entrer dans l’année du Jubilé de la Miséricorde, dans le prolongement des célébrations du 8 décembre et de dimanche dernier. Nous sommes invités à contempler l’agir plein de miséricorde de Dieu à l’égard de notre humanité dans l’envoi de Jésus, son Fils, parmi nous, et nous sommes appelés, en même temps, à être artisans de la miséricorde divine dans notre manière d’être avec les autres. Cette réalité de la miséricorde de Dieu, sous cette double forme, remplit notre champ de conscience et habite amplement notre cœur. Nous savons qu’elle doit imprimer sa marque dans notre vie de croyants tout au long des mois qui viennent. Du coup, notre audition de l’évangile de ce dimanche prend une nouvelle dimension. Dans ce récit, nous pouvons contempler comment Marie est habitée par le mystère de la miséricorde et comment cette manière d’être retentit dans sa rencontre avec sa cousine Élisabeth.

 L’attitude de Marie, telle qu’elle est décrite dans le premier verset, est particulièrement significative. L’évangéliste Luc explique : « En ces jours-là, Marie se mit en route ». Voilà la première manifestation de la miséricorde. Celle-ci met en route, elle ouvre le cœur pour qu’on se mette au service des personnes qui se trouvent dans une situation de nécessité. La Vierge Marie vient d’apprendre la grossesse de sa parente Élisabeth. Elle sait que celle-ci aura besoin d’aide, d’autant plus qu’elle est âgée. Immédiatement elle en tire la conséquence. Elle sera la servante de sa cousine jusqu’à la naissance de l’enfant. Luc ajoute qu’elle partit « avec empressement ». La miséricorde ne se vit pas en traînant les pieds, pourrait-on dire, comme si c’était une corvée, à laquelle il faut bien consentir. Elle suscite l’élan et se déploie avec zèle. Marie « entra dans la maison de Zacharie », explique ensuite Luc. Cette remarque traduit le souci de proximité de Marie. Elle rejoint sa cousine là où elle se trouve, dans la particularité de sa situation. L’évangéliste indique alors comment se réalise la rencontre : « Et elle salua Élisabeth », observe-t-il. On pourrait penser que cela procède simplement des bonnes manières avec une composante d’affection particulière, compte tenu des liens de parenté. Mais en fait, l’évangéliste Luc dit avec ce verbe beaucoup plus que cela. Élisabeth, en effet, soulignera, dans sa réponse, la portée de la salutation de sa cousine. Ce mot de « salutation » est, en fait, le terme que Luc emploie pour caractériser, dans le récit de l’Annonciation, qui précède immédiatement, la parole de l’ange à Marie, quand il lui disait, de la part de Dieu : « Réjouis-toi, comblée de grâce », avec tout ce que cette expression communiquait au sujet du projet de Dieu et de sa bienveillance à l’égard de Marie. Cette salutation était, dans son sens profond, une parole de bénédiction. Telle est maintenant la salutation de Marie à l’adresse d’Élisabeth. C’est d’ailleurs la signification principale que prend ce verbe « saluer » dans le Nouveau Testament. Il apparaît très souvent en finale dans les lettres de saint Paul. L’apôtre transmet à la communauté, à laquelle il écrit, les salutations des chrétiens auprès desquels il se trouve présentement (1 Co 16, 19–20 ; 2 Co 13, 12 ; Ph 4, 21–22 ; Col 4, 10–14 ; 2 Tim 4, 21 ; Tit 3, 15 ; Phlm 23), et il invite telles autres personnes à se transmettre un salut fraternel (Rm 16, 3–23 ; 1 Co 16, 20 ; 2 Co 13, 12 ; Ph 4, 21 ;  Col 4, 15 ; 1 Th 5, 26 ; 2 Tim 4, 19 ; Tit 3, 15). L’insistance sur cette démarche dans pratiquement toutes les lettres n’est pas simplement une formule de politesse, même si cela, déjà, a beaucoup de valeur. C’est un souhait de bénédiction. Ainsi en est-il aussi de la salutation que Marie adresse à sa cousine.

Nous comprenons alors mieux la terminologie que Luc emploie pour présenter la venue de Marie chez Élisabeth lors de la Visitation. Son langage n’est pas seulement descriptif. Il est aussi théologique. Il qualifie théologiquement l’action que Marie entreprend ce jour-là. Elle est servante de la miséricorde qui a sa source en Dieu.

    Si nous contemplons maintenant l’attitude d’Élisabeth, nous observons le retentissement chez elle de la miséricorde de Marie à son égard. Cela se manifeste de plusieurs manières. Luc mentionne tout d’abord le bondissement d’allégresse du petit Jean-Baptiste dans le sein de sa mère. L’évangéliste prend soin d’indiquer que c’est la salutation de Marie précisément qui provoque cette manifestation de joie, annonce de la joie messianique des temps nouveaux. Nous voyons ensuite comment Élisabeth est profondément transformée par cette rencontre qui porte la marque de la miséricorde. L’attitude de miséricorde crée les conditions pour que l’autre donne le meilleur de soi-même. Élisabeth se met à prophétiser sous l’action de l’Esprit Saint. Elle explique, en ces circonstances, la fécondité de la miséricorde divine dans la vie de Marie : « Tu es bénie entre les femmes et béni le fruit de ton sein », et encore : « Bienheureuse celle qui à cru aux paroles qui lui ont été dites de la part du Seigneur ».

    Nous savons que la scène se poursuit par le chant du Magnificat que Marie proclame en réponse à la bénédiction qu’Élisabeth profère à son sujet. Le thème central de cette prière est à nouveau la miséricorde du Très Haut. La Vierge emploie à deux reprises ce mot dans son cantique d’action de grâce. Parlant de l’agir de Dieu, elle déclare : « Sa miséricorde est d’âges en âges pour ceux qui le craignent » (Lc 1, 50) et encore : « Il se souvient de sa miséricorde, comme il l’a dit à nos pères, à Abraham et à sa descendance » (1, 54).

     Telles sont les dispositions spirituelles de Marie lors de la Visitation. Son agir comme ses paroles sont le reflet de la miséricorde de Dieu. À travers elle, nous voyons comment une attitude de miséricorde est féconde dans la vie des croyants. La miséricorde apporte une dimension nouvelle à la relation avec autrui, et, quelque part, elle transforme les autres. Nous pouvons nous demander : Pourquoi la miséricorde est-elle féconde de la sorte ? Tout simplement parce qu’elle est la manifestation de la présence de Dieu dans la vie des disciples. Marie, à la Visitation, en donne la plus belle illustration.

Voilà les chemins sur lesquels nous sommes invités à nous engager durant cette année du Jubilé de la miséricorde. Si nous parcourons cette route avec simplicité de cœur, générosité et confiance, la fécondité sera présente dans chacune de nos vies, dans l’Église et dans notre monde, pour la plus grande gloire de Dieu. Amen.

 François Fraizy

Homélie pour le 2ème Dimanche de l’Avent C

Ph 1, 4–6.8–11 / Lc 3, 1–6

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.

En entendant cet évangile, nous comprenons aisément que Jean-Baptiste ait été vénéré par ses contemporains. Il leur transmet, en effet, un message d’une grande vigueur. La description que Luc nous donne de son ministère du précurseur est sobre, mais elle dit bien les choses. « Il parcourut toute la région du Jourdain en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés », écrit-il. Voilà l’originalité et la mission du précurseur. Il aide ses contemporains à prendre conscience de leur péché – au fond, de ce qui les rend malheureux –, et il leur indique le moyen d’en sortir : un « baptême de conversion », c’est à dire un rite qui manifeste leur désir de changer de vie, de se transformer intérieurement et, de la sorte, de mieux correspondre à ce que Dieu attend d’eux.

            Nous le savons, la conversion est quelque chose d’exigeant, parce que cela demande de vivre une certaine forme de rupture par rapport à une manière de vivre dans laquelle on s’était installé. Il faut changer de conduite, non pas purement et simplement par désir de nouveauté, mais parce qu’on a compris que quelque chose ne peut plus durer, parce qu’il y a mieux à faire que de rester dans la tiédeur, dans la routine. Une prise de conscience s’est opérée : c’est en vivant en harmonie avec ce que Dieu a prévu pour ses enfants qu’on trouve le vrai bonheur. Jean-Baptiste est promoteur de cette compréhension des choses. Dans le prolongement de la prédication des prophètes de l’Ancien Testament, il invite au renouvellement du cœur, à une recherche authentique de Dieu, à une conduite, aussi, qui correspond aux valeurs du Royaume des cieux et donc habitée par le souci du droit et de la justice, de l’authenticité et de la charité.

       Toutes ces réalités, si elles demandent à prendre sur soi, si elles supposent des efforts, sont, en fait, attirantes, parce qu’elles permettent à l’être humain de grandir, de rejoindre le projet de Dieu, et donc d’avoir accès à la plénitude de la vie. Voilà ce qui rend Jean-Baptiste immédiatement sympathique pour les personnes au cœur droit, mais inversement aussi suscite de l’opposition de la part de celles et ceux qui ne veulent s’écarter tant soit peu de leur conduite mauvaise. Jean-Baptiste, nous le savons, le payera de sa vie (cf. Mc 6, 21–29).

     Pour convaincre ses contemporains de s’engager dans la voie de la conversion et du renouvellement, le précurseur emploie un langage poétique, qui doit motiver. « Voix de celui qui crie dans le désert, proclame-t-il. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ». Cette exhortation n’est pas simplement le fruit de son imagination. Il s’agit, en fait, d’une citation de l’Ancien Testament, des paroles qui se trouvent dans le livre d’Isaïe et qui transmettent le message que Dieu adresse à son peuple dans des circonstances particulières, à savoir le retour de la captivité à Babylone. Le temps de l’exil est fini. Le Peuple Saint revient en Terre d’Israël. Une ère nouvelle commence, et il importe alors d’œuvrer à la création de ce monde nouveau. Le prophète Isaïe invite instamment à tout mettre en œuvre pour que ce nouveau départ soit une réussite (Is 40, 3–5).

   En reprenant ces paroles, Jean-Baptiste souligne la continuité de l’Histoire Sainte. Il avertit les personnes de son temps que quelque chose d’important se prépare, comparable à l’étape de vie nouvelle qui s’est produite quelques siècles plus tôt avec le retour d’exil. Il importe alors d’être disponible pour mettre pleinement à profit ce que Dieu a choisi de réaliser dans la période qui vient. D’où son appel : « Préparez les chemins du Seigneur », et la conséquence qu’il en tire, en citant toujours Isaïe : « Et tout être vivant verra le salut de Dieu ».

   Avec Jean-Baptiste, les chrétiens ont compris que ces paroles prophétiques concernaient Jésus. Le Seigneur, pour lequel il faut préparer les chemins, c’est lui ; la manifestation du salut de Dieu, qui sera visible pour tout être humain, c’est encore lui. Quand l’Église nous rappelle chaque année, au début de l’Avent, cette prédication du précurseur, elle nous invite à réaliser de façon renouvelée que Jésus a transformé notre condition humaine et qu’en faisant mémoire de sa venue parmi nous, nous sommes conviés, nous aussi, à renouveler notre cœur, à nous engager sur des chemins de conversion, pour que la visite que Dieu a faite à notre humanité dans la personne de Jésus porte tous ses fruits (Lc 1, 68 – cf. 19, 44).

   « Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10.12.14), demandaient à Jean-Baptiste les hommes de son temps. Cette question est également présente à nos esprits. La réponse, nous la trouvons dans le passage de la lettre aux Philippiens que nous avons entendu dans la deuxième lecture. L’apôtre Paul explique d’abord ce qu’il éprouve intérieurement à l’égard des chrétiens de cette ville. Il écrit : « Oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ ». La traduction arrive difficilement à rendre toute la densité et la profondeur de cette déclaration de l’apôtre. Quand il parle de sa « vive affection », il désigne son intense désir de communion avec tous les membres de la communauté de la ville de Philippes, et quand il se réfère à « la tendresse du Christ », il emploie une expression qui indique traditionnellement dans l’Ancien Testament une émotion de compassion qui retentit jusque dans les entrailles. C’est l’attitude de Dieu qui a comme des entrailles de mère pour son peuple (cf. Jr 31, 20). Ce mot est aussi celui que les évangiles utilisent de façon spécifique pour décrire les sentiments pleins de miséricorde de Jésus à l’égard de toutes les personnes touchées par la souffrance, que celle-ci soit liée à la maladie (cf. Mc 1, 41 ; 9, 22 – cf. Mt 14, 14) ou au deuil (cf. Lc 7, 13). Voilà ce qu’éprouve Paul pour les personnes que Dieu à mises sur sa route et qui partagent avec lui la même foi. Dans ce contexte, il exprime encore ce souhait : « Dans ma prière, je demande que votre amour abonde de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute intelligence pour discerner ce qui est important ». Nous le comprenons, la réponse, à toutes les époques, c’est l’amour, c’est la miséricorde, comme Jean-Baptiste l’a proclamé et comme Paul l’a vécu en étant imitateur de Jésus (cf. 1 Co 11, 1).

   Les paroles de l’apôtre retentissent fortement dans notre cœur, alors que nous nous apprêtons à célébrer, ces prochains jours, l’ouverture du Jubilé de la miséricorde. Le monde nouveau, qui est entré dans sa phase définitive avec la venue de Jésus parmi nous, requiert de notre part amour et miséricorde. De cette manière, notre célébration de Noël cette année et d’abord notre temps de l’Avent présentement reçoivent une coloration particulièrement intense. En choisissant, à l’appel du pape François, de mettre la miséricorde au centre de notre vie, nous aiderons nos contemporains à trouver les chemins de la foi, et nous-mêmes, nous prendrons une part plus intense à l’amour qui est en Dieu (cf. 1 Jn 4, 12) et qui a pris sa forme suprême dans l’amour que Jésus a manifesté pour toute l’humanité en donnant sa vie sur le bois de la croix (cf. Jn 13, 1).