Homélie pour la solennité de la Pentecôte (C)

Jn 14, 15-16. 23b-26 
    En ce temps-là,Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
    Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

 « Le Défenseur, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, explique Jésus, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ».

    Ces paroles du Seigneur nous situent au cœur du mystère de la Pentecôte. Elles nous permettent de comprendre qui est l’Esprit Saint, que nous célébrons d’une manière particulière aujourd’hui, et quel est son rôle auprès de nous.

   Le récit des Actes des Apôtres, dans la première lecture, était déjà très explicite. Les Juifs, qui étaient rassemblés à Jérusalem en provenance de nombreux pays du pourtour de la Méditerranée, s’extasiaient à l’audition de la prédication des apôtres. « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? », observent-ils avec étonnement. D’où leur question : « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? ». Et leur étonnement se termine par ce constat proche de la jubilation : « Tous nous les entendons parler, dans nos langues, des merveilles de Dieu ».

   L’apôtre Paul décrit, lui aussi, en termes très forts, l’action de l’Esprit dans le cœur des croyants. « Ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, écrit-il aux chrétiens de Rome, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! ». L’Esprit du Seigneur est agissant dans la vie des disciples et met sur leurs lèvres les paroles qui conviennent pour louer Dieu. Il leur permet de reconnaître leur dignité d’enfants du Dieu unique, qui est Père, et d’exprimer cette réalité dans leur prière d’action de grâce. Tel est le fruit de l’Esprit en eux. La promesse de Jésus aux apôtres le soir du Jeudi Saint, qui nous était rappelée dans l’évangile, a trouvé sa pleine réalisation le jour de la Pentecôte : « l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». L’Esprit est celui qui parle et qui conduit dans la vérité tout entière, dira encore Jésus (Jn 16, 13).

   Nous le savons, la parole est ce qui permet la communication la plus élaborée et la plus profonde entre les hommes. Elle est le moyen d’expression de la proximité, de la solidarité et de la communion entre les personnes. Le refus d’adresser la parole à quelqu’un est ressenti comme une offense. C’est dire, à l’inverse, l’importance relationnelle de la parole. C’est elle qui établit les liens entre les êtres humains ; elle ouvre les chemins de la compréhension mutuelle ; elle sort de l’isolement et crée un monde de fraternité.

   L’Esprit Saint est souvent mis en relation avec la parole dans la Bible. C’est lui qui inspire les prophètes dans leur mission d’annonce (Is 48, 16 ; 59, 21 ; Ez 2, 1–2 ; 3, 22–27). C’est lui qui se manifeste sous la forme d’une colombe lors du baptême de Jésus par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain (Mc 1, 10 // Mt 3, 16 // Lc 3, 22 – cf. Jn 1, 32–33) ; c’est lui qui repose sur Jésus, quand il accomplit les signes qui révèlent sa qualité de Messie (Lc 4, 16–21 / Is 61, 1–2 — cf. Is 11, 1–2 ; 42, 1–7)) ; c’est lui qui inspire les chrétiens quand ils sont amenés à donner leur témoignage (Mt 10, 19–20 // Lc 12, 11–12 — cf. Mc 13, 11) ; c’est lui qui est le Paraclet, c’est à dire à la fois le Défenseur, l’avocat, dans les situations conflictuelles, comme aussi le Consolateur, qui donne la force d’âme pour avancer avec confiance et assurance sur les chemins du Royaume des cieux, par delà les difficultés du temps présent (Jn 15, 26 ; 16, 7) ; c’est lui qui inspire la communauté ecclésiale, quand elle cherche les voies du renouvellement spirituel (Ap 2, 7, 11 17, 29, etc.).

   C’est tout cela qui nous est rappelé en ce jour où nous célébrons la fête de la Pentecôte. Nous faisons mémoire de la naissance de l’Église, de ce jour où l’Esprit de Dieu a transformé le cœur des disciples pour qu’ils soient, jusqu’aux extrémités du monde, témoins du Seigneur Ressuscité. En même temps, nous rendons grâce au Père des cieux pour son assistance indéfectible auprès de ses enfants, tout au long des siècles, par le don de son Esprit qui les soutient et les fortifie dans leur quotidien. Nous sommes conscients de notre petitesse et de notre faiblesse. Mais nous savons que le Seigneur ne nous abandonne pas. Il nous l’a promis, et sa promesse est pour nous source de confiance et d’espérance : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

   L’Esprit nous instruit au quotidien par la parole qu’il nous communique intérieurement. Il nous permet de grandir dans la connaissance du Seigneur Jésus. Il nous montre les voies qu’il faut prendre pour vivre plus intensément les valeurs de l’évangile dans les différentes situations qui marquent la trame de nos vies. Il nous fait comprendre comment agir pour être témoins de la Bonne Nouvelle auprès de nos contemporains. Telle est la parole qu’il nous adresse sous des formes multiples. Il importe alors que nous ayons une oreille attentive pour nous laisser guider par lui.

L’Esprit de Pentecôte est véritablement ce Défenseur et ce Consolateur, qui nous donne de percevoir dans chacune de nos vies la présence du Seigneur Ressuscité et, de la sorte, transfigure nos propres conditions d’existence. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 7ème Dimanche du Temps Pascal (C)

Jn 17, 20-26 
    En ce temps-là,les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint,je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un,
comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi,pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
    Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un,afin que le monde sache que tu m’as envoyé,et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
    Père,ceux que tu m’as donnés,je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi,et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
    Père juste,le monde ne t’a pas connu,mais moi je t’ai connu,et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé.Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître,pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux,et que moi aussi, je sois en eux. »

   La prière, quand elle a une composante autobiographique, c’est à dire quand elle fait référence à ce qui fait la trame de notre vie, est sans doute un des lieux les plus éminents de l’expression personnelle du cœur humain. Le croyant s’adresse à Dieu dans la confiance, le cœur plein d’espérance, sachant qu’il peut tout dire à son Seigneur : ses attentes, ses joies, ses déceptions, ses appréhensions, tout ce qui fait son quotidien, comme aussi la compréhension qu’il a de la conduite de sa vie. Il parle avec une grande liberté, sachant que celui à qui il s’adresse connaît les secrets de son cœur et le comprend parfaitement. Ce parler vrai est l’expression du désir de mener une vie conforme au projet de Dieu sur soi et la manifestation de la confiance sans limite en lui, cette confiance qui nous amène à lui demander de nous donner sa lumière et sa force, pour que le projet qu’il a tracé pour chacun de nous puisse se réaliser sans entrave au fil des jours.

     De telles prières autobiographiques, nous en rencontrons une multitude dans la Bible, tout particulièrement dans le livre des psaumes, que l’Église privilégie comme source de sa prière dans la liturgie. Les psaumes sont la manifestation, sous forme hymnique, du contenu de la foi des croyants d’Israël [cf. Ps 103 (102) ; 104 (103) ; 105 (104) ; 106 (105)] et, en même temps, l’expression vivante et sincère de l’âme de ceux qui ont mis toute leur espérance en celui qui les a créés [cf. Ps 23 (22) ; 116 (114–115) ; 121 (120) ; 125 (124) ; 138 (137) ; 139 (138)]. Dans ces prières à l’accent très personnel, le psalmiste présente au Seigneur ce qui fait sa vie, les souffrances qu’il peut connaître, le souhaits qui habitent son cœur, la façon dont il se comporte pour vivre en communion avec lui et mettre en oeuvre ce qu’il sait être sa vocation personnelle.

     Jésus, dans l’évangile de ce dimanche, réalise quelque chose de cet ordre. L’évangéliste Jean nous rapporte la prière qu’il a adressée à son Père le soir du Jeudi Saint. Ce passage du quatrième évangile est un document d’une portée exceptionnelle. Déjà sa place dans l’écrit de l’apôtre Jean nous rend attentifs à sa signification. Jésus a partagé son dernier repas avec ses disciples (Jn 13, 2), anticipation de l’eucharistie, après quoi il s’est entretenu longuement avec eux pour leur laisser ses dernières consignes (Jn 13, 12–17 ; 13, 34–35 ; 15, 9–17) et leur rappeler les points forts de son enseignement (Jn 14, 1–11 ; 14, 27–31 ; 15, 18–25 ; 16, 1–33). Une fois que tout cela a été dit, il se tourne vers son Père et lui adresse sa prière. Dans quelques instants, il sera arrêté et conduit dans sa passion (Jn 18, 2–12). Sa mission de prophète dans l’espace public est donc pratiquement terminée, mais il lui reste encore à porter à son achèvement tout ce qu’il a vécu avec les siens en les aimant jusqu’au bout dans le don de sa vie sur la croix (Jn 13, 1).

      La place de cette prière de Jésus dans la trame du quatrième évangile nous permet de saisir immédiatement sa portée et sa signification. Le Seigneur récapitule en cet instant, dans ces paroles à son Père, tout ce qu’il a vécu pour répondre à sa volonté (Jn 17, 4). Il fait comme le bilan de sa vie. En permanence, il dit “Je” et “Tu”. C’est comme un dialogue d’une profondeur inégalée, fait d’amour, de confiance réciproque, d’unité. Il remet dans les mains du Père tout ce qu’il a accompli sur terre comme son envoyé (Jn 17, 3, 8, 18, 21,23, 25), pour révéler aux hommes l’amour incommensurable qu’il a pour chacun d’eux (Jn 17, 23, 26). L’amour du Père pour ses créatures a trouvé son expression parfaite dans tout ce que Jésus a dit et fait durant sa vie publique. Sa prière, en cet instant, porte à son achèvement tout ce qu’il a voulu vivre au sein de notre humanité en étant pleinement serviteur.

     Cette prière nous aide ainsi à nous associer profondément, dans la foi, à ce que Jésus a réalisé en notre faveur et à ce qu’il représente pour nous à chaque instant de notre vie. Nous sommes les bénéficiaires de son amour qui est allé jusqu’au bout. Nous reconnaissons en lui le don de la vie qui vient de Dieu et qui nous est offert maintenant, d’une façon éminente, dans les sacrements comme aussi dans la prière d’abandon et de reconnaissance. Grâce à Jésus, nous sommes devenus participants de l’amour qui est en Dieu ; et cette communion, à laquelle sommes associés, transfigure notre propre existence.

       La prière autobiographique de Jésus, qui nous est offerte dans l’évangile de jour, nous aide à vivre notre foi au quotidien. Nous sommes invités, nous aussi, à l’exemple de Jésus, à exprimer à Dieu le lien qui nous unit à lui, la compréhension que nous avons de son projet pour nous, à lui présenter l’aide que nous attendons de sa part. Une telle prière peut être un stimulant pour notre vie de foi et pour notre engagement de croyant. C’est, au fond, ce que saint Augustin a fait dans son livre des Confessions. Il explique, à longueur de pages, ce qu’il a vécu sous le regard de Dieu, comment il a pu sortir de son égarement, comment Dieu l’a rejoint et lui a fait retrouver les chemins de plénitude. Le bienheureux Charles de Foucauld aussi a souvent des accents de vérité de cet ordre dans ses écrits spirituels, si bien que ses méditations débouchent naturellement sur la prière.

       L’évangile de ce dimanche, qui nous présente la prière de Jésus au terme de sa mission parmi nous, nous invite à accomplir une démarche de prière analogue, abandon confiant de nous-mêmes dans les mains de Dieu, chemin de vérité et ouverture à la grâce transfigurante du Seigneur. De la sorte, notre quotidien est vivifié de l’intérieur et trouve dès maintenant une saveur d’éternité. Amen.

Père François Fraizy

Homélie pour l’Ascension (C)

Lc 24, 46-53
  En ce temps-là,Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur dit :« Il est écrit que le Christ souffrirait,qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,et que la conversion serait proclamée en son nom,pour le pardon des péchés,à toutes les nations,en commençant par Jérusalem. A vous d’en être les témoins.
  Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis.Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut.»
  Puis Jésus les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ;et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel.Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie.Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

   En décrivant la scène de l’Ascension, en ouverture du livre des Actes des Apôtres, Luc a été particulièrement attentif à l’attitude des disciples au moment du départ de Jésus, avec une insistance significative sur leur regard. « Tandis qu’ils regardaient », explique-t-il, Jésus fut élevé. « Comme ils avaient les yeux fixés vers le ciel, alors qu’il s’en allait », poursuit-il. Les deux messagers divins, qui apparaissent, disent ensuite aux apôtres : « Pourquoi vous tenez vous à regarder vers le ciel ? », et leur dernier message sera pour annoncer au sujet du Seigneur : « Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». Quatre expressions différentes sont employées là par l’évangéliste dans ces trois versets qui terminent le récit. Chaque fois, un nouveau verbe sert à présenter le comportement des apôtres en cet instant : ils regardent vers le ciel et en même temps, ils sont invités à comprendre qu’il y a place, maintenant, pour un autre regard.
Cette attention au regard des apôtres est riche de sens. Le regard est ce qui manifeste notre attente, ce qui exprime les réalités auxquelles nous sommes attachés, ce que nous voulons réaliser dans notre vie, ce qui nous attire, ce qui nous mobilise.
Les apôtres, à ce moment, ont leurs yeux et leur cœur remplis de la présence de Jésus. Ils le contemplent, ils sont attachés à lui, alors qu’il disparaît d’auprès d’eux. En même temps, ils sont invités par les anges à réaliser que leur regard est amené à prendre une autre direction, non pas pour méconnaître tout ce qu’ils ont vécu avec Jésus durant tous ces mois de compagnonnage, mais pour engager une nouvelle étape, ajustée à la situation qui est la leur désormais, suite au départ de Jésus, aidés qu’ils seront par le don de l’Esprit Saint.
De ce point de vue, la manière de se comporter des apôtres apparaît comme le modèle de la vie chrétienne. À travers eux, nous contemplons le double regard du croyant, tourné qu’il est à la fois vers le ciel et vers la terre.

      Le disciple de Jésus a le regard orienté vers le ciel. C’et là que le Seigneur est retourné. C’est le lieu où habite Dieu, le Très-Haut. C’est là que se trouve notre cité, pour reprendre la belle image que saint Paul utilise dans l’épître aux Philippiens (Ph 3, 20–21). Nous sommes, par définition, citoyens du ciel. Nous appartenons, de par notre baptême, à ce monde d’en-haut. Cette appartenance nous fait vivre : nous voulons correspondre à notre être nouveau. Il y a un appel à vivre en conformité avec ce que nous sommes devenus, et cela nous donne la force dans la tentation. Cette réalité nourrit aussi notre espérance. Nous savons qu’il y a un au-delà de nos souffrances. Au cœur de notre quotidien, nous vivons une communion profonde avec le Ressuscité, qui transfigure le concret de nos existences.
En même temps, le disciple de Jésus a le regard tourné vers la terre. Ce monde nouveau, bien réel, n’est pas encore dans sa phase d’achèvement, de réalisation plénière. C’est une réalité en croissance, en marche, en mouvement vers sa plénitude. Mais il y a un entre-temps, le temps de l’histoire, qui précède l’éternité. Nous sommes donc aussi pleinement citoyens du temps présent, et nous avons à le vivre, lui aussi, très intensément. C’est le temps de l’engagement dans le monde à la lumière de l’évangile. C’est le temps du « faire », pour que les valeurs, que Jésus nous a enseignées, s’inscrivent dans notre monde et que le Royaume de Dieu connaisse sa première réalisation.
Cette double réalité trouve son expression particulière dans la fête de l’Ascension. Jésus a achevé sa mission sur notre terre. Il est retourné auprès du Père après avoir accompli l’œuvre qui lui avait été confiée : réconcilier le hommes avec Dieu par un amour qui va jusqu’au bout, vécu jusqu’à l’extrême dans le don de sa vie.
Grâce à notre lien profond avec Jésus, nous vivons un parcours analogue. Nous appartenons déjà fondamentalement à la cité du ciel, mais nous avons encore à accomplir notre propre mission : aimer nos frères et sœurs en humanité jusqu’au bout et faire grandir le Royaume de Dieu là où nous sommes.

     La fête de l’Ascension nous rappelle ainsi la grandeur et la beauté de notre vocation de disciples. Elle nous dynamise intérieurement : en regardant le but vers lequel nous avançons, nous trouvons la force et le courage, la confiance et l’enthousiasme dont nous avons besoin pour notre route quotidienne. Ce double regard, à la suite des apôtres, donne sa pleine dimension à notre vie de disciples : la présence, discrète mais bien réelle, de Jésus emplit nos yeux et notre cœur et nous donne la lumière qui éclaire notre route. Nous pouvons alors être témoins du monde nouveau, que Jésus a inauguré parmi nous, et prendre notre part à la construction de son Royaume sur notre terre. Amen.

Homélie pour le 6ème Dimanche de Pâques

Jn 14, 23–29 

     En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. 
    Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »

  « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix », dit Jésus dans l’évangile. Cette parole, nous la connaissons bien, puisque nous l’entendons à chaque eucharistie après la prière du Notre Père et avant la communion. Cette parole, Jésus l’a prononcée le soir du Jeudi Saint, quelques heures avant sa passion, et a de ce fait une valeur testamentaire.

    Le don de la paix est un grand thème du Nouveau Testament, et il est souvent mis en lien avec la personne de Jésus. Nous nous rappelons le chant d’action de grâce des anges lors de l’apparition aux bergers de Bethléem après la naissance du Seigneur. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, proclament-ils, et sur la terre, paix aux hommes, objets de la bienveillance divine » (Lc 2, 14). La naissance de Jésus, le Sauveur, est qualifiée en termes de paix par les messagers divins, qui présentent, de la sorte, à la fois sa signification et sa portée. Avec Jésus vient dans notre monde le prince de la paix annoncé par les prophètes (Is 9, 1–6). Il est celui qui apporte la réconciliation à notre humanité. Il restaure l’unité entre les hommes (Ep 2, 17) et réconcilie en même temps les hommes avec Dieu (cf. 2 Co 5, 17–21). On comprend alors que saint Paul ait pu dire de Jésus : « Il est notre paix » (Ep 2, 14).

    Le don de la paix, Jésus l’offre également aux apôtres, lorsqu’il leur apparaît après la résurrection. La salutation qu’il leur adresse se fait en ces termes : « La paix soit avec vous » (Jn 20, 19, 21, 26 ; Lc 24, 36). Les apôtres étaient désemparés, découragés, tétanisés par la peur. En leur apparaissant, Jésus leur apporte le réconfort. Il est pour eux source de consolation. La tristesse n’a plus sa place dans leur vie. Le Seigneur ressuscité conduit les apôtres sur les chemins de la confiance et de l’espérance. Avec le Christ vainqueur de la mort, qui vient à leur rencontre, ils entrent dans un monde nouveau. Cette paix, que Jésus donne, vient du Père et transforme le monde.

      La paix est donc étroitement liée à la personne de Jésus. Quand le Nouveau Testament se réfère à l’incarnation comme à la résurrection du Seigneur, il utilise le langage de la paix. Celle-ci est, de ce fait, une composante essentielle de l’expérience chrétienne, et elle trouve son retentissement aussi bien dans la vie personnelle  qu’au plan social et communautaire.

     Cette compréhension du mystère du Christ à la lumière du don de la paix est très importante. La vie chrétienne est le lieu où se réalise le don de la paix dans ses deux dimensions :

– nous sommes fondamentalement les bénéficiaires de la paix que Jésus a apportée à notre monde. Il nous transmet la consolation, le réconfort intérieur, la lumière et la confiance dont nous avons besoin pour notre route quotidienne.

– nous sommes en même temps les acteurs privilégiés de la manifestation, sur la terre, de la paix que Jésus offre à l’humanité. Ce n’est pas par hasard si Jésus parle de la paix quand il enseigne à ses disciples les Béatitudes au début du Sermon sur la montagne. « Bienheureux les artisans de paix, proclame-t-il, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Cette béatitude voisine elle-même avec ces deux autres promesses de Jésus : « Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre en héritage » (Mt 5, 4) et « Bienheureux les miséricordieux, car ils seront objets de miséricorde » (Mt 5, 7). Le disciple de Jésus, par sa manière de se comporter dans le monde, dans sa relation avec les autres, doit être la manifestation de la paix que Jésus est venu apporter à notre terre. Le chrétien doit être serviteur de la paix, parce que Jésus a été la réalisation parfaite de la paix pour toute l’humanité.

    Percevons-nous notre mission dans le monde de la sorte, avec tout ce que cela implique ? Cela fait partie de notre vocation de chrétiens que d’être foyers de lumière et semeurs d’espérance pour la vie personnelle, parce que vivifiés par la présence du Christ ressuscité, que nous accueillons dans la foi ; cela fait partie aussi de notre vocation de chrétiens que d’être ferments de réconciliation au sein de la famille humaine, parce que Jésus a scellé la paix dans le sang de sa croix (Ep 2, 14–18).

      Comment vivre alors cette réalité de la vie chrétienne au nom de la fidélité au don que Jésus nous a fait ? Le Seigneur nous donne un autre enseignement important dans l’évangile de ce dimanche. Il parle du « Paraclet », du « Défenseur », de l’Esprit que le Père enverra en son nom. Cette qualification de « Paraclet », de « Défenseur », pour désigner l’Esprit Saint est très significative. En fonction de l’origine de ce mot, cela veut dire que l’Esprit est celui qui réconforte, qui apporte la consolation, qui fortifie intérieurement, qui donne le courage à ceux qui s’ouvrent à son action en eux. Quand il parle des dons de l’Esprit dans la lettre aux Galates, Paul fait mention d’une façon particulière du don de la paix (Gal 5, 22). Celle-ci, qui a sa source en Jésus, est donnée aux croyants par l’Esprit du Seigneur. C’est l’Esprit, lui qui nous fortifie intérieurement, qui nous rend capable aussi d’être artisans de paix dans le monde, aussi bien avec douceur qu’avec détermination.

       « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix », dit Jésus à ses disciples. Cette parole est à la fois une promesse et une mission. La présence du Seigneur ressuscité dans chacune de nos vies nous apporte lumière, force, consolation au plan personnel. En même temps, elle implique de notre part  que nous soyons artisans de paix là où nous vivons, de sorte que le monde nouveau, que Jésus est venu instaurer sur notre terre, un monde de paix, de justice et d’amour, grandisse et prenne toute sa dimension pour le plus grand bonheur de nos frères et sœurs en humanité.

    Telle est la joie qui illumine nos cœurs de croyants et que nous voulons rayonner par notre engagement comme disciples de Jésus, le prince de la paix. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 5ème Dimanche de Pâques (C)

Jn 13, 31-33a; 34-35 
  Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié,et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

      À quoi reconnaît-on un chrétien ? Cette question nous intéresse, parce que nous sommes disciples de Jésus et que nous sommes fiers de l’être, étant entendu, par ailleurs, que cette fierté n’est pas de l’orgueil ni de la prétention, car une telle attitude peut parfois être présente, ce qui alors compromet l’authenticité du témoignage. Celui-ci ne peut qu’être humble, à l’imitation de celui du Seigneur, loin de toute forme d’ostentation personnelle (cf. Mt 6, 1–18).

     À quoi reconnaît-on un chrétien ? Jésus donne à ce sujet une réponse lumineuse. Nous venons de l’entendre dans l’évangile. « Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur, à savoir que vous vous aimiez les uns les autres ». Les choses sont claires. Mais pour qu’elles soient solidement intégrées dans le cœur des disciples, Jésus précise encore cette réalité en déclarant : « À ceci tous connaîtront que vous êtes pour moi des disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».

     La réponse est donnée avec toute la limpidité et la radicalité que l’on peut souhaiter : un disciple de Jésus est quelqu’un qui aime véritablement et profondément son prochain.

            Pourquoi en est-il ainsi ? Jésus a donné le fondement de cette réalité dès sa première déclaration : « Je vous donne un commandement nouveau, à savoir que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ». C’est ce « comme je vous ai aimés » qui est la référence ultime.

       Pour bien prendre la mesure de ce fondement, il faut se rappeler que Jésus dit cela le soir du Jeudi Saint, après l’épisode du lavement des pieds. Jésus s’est comporté comme un serviteur à l’égard de ses disciples et il a expliqué le sens de cette action. Après avoir repris sa place à table, il interrogea les apôtres : « Connaissez-vous ce que j’ai fait pour vous ? », demanda-t-il, et il ajouta : « Vous-mêmes m’appelez “le Maître” et “le Seigneur”, et vous dites bien : Je le suis. Si donc moi, je vous ai lavé les pieds, le Seigneur et le Maître, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ». Et pour que cette parole en acte, qu’est le lavement des pieds, soit perçue dans toute sa dimension, Jésus expliqua encore : « C’est un exemple que je vous ai donné, afin que, comme moi j’ai fait pour vous, vous aussi le fassiez » (Jn 13, 12–15).

    Voila le fondement : le disciple doit agir comme son Maître et Seigneur, comme Jésus l’a fait. Le commandement de l’amour, c’est d’imiter Jésus, qui a été serviteur, le lavement des pieds étant le signe symbolique de don qu’il fait de sa vie. L’évangéliste Jean le souligne solennellement et magnifiquement juste avant de présenter cette scène. « Avant la fête de la Pâque, écrit-il, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (13, 1). Le commandement nouveau est à comprendre à la lumière de l’engagement personnel de Jésus : il a aimé « jusqu’au bout », à l’extrême, dans le don de sa vie.

   Ce faisant, Jésus a mené à son plein achèvement l’enseignement qu’il a donné tout au long de son ministère public. Au légiste désireux de trouver les chemins qui conduisent à la vie éternelle il a raconté la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25–37). À la mère des fils de Zébédée, qui convoitait les bonnes places pour ses deux fils, il indique que les voies du Royaume des cieux n’ont rien à voir avec l’esprit du monde, fait d’arrivisme et d’ambition vaniteuse, mais que c’est le choix du service qui grandit véritablement l’être humain, comme le montre la manière d’agir du Fils de l’homme (Mt 20, 20–28). Le don de soi est également au cœur de l’engagement du Bon Pasteur qu’est Jésus lui-même (Jn 10, 11, 15, 17–18).

       La voie nous est montrée. Nous sommes fiers et heureux d’être disciples de Jésus. Nous le sommes devenus par notre baptême, plongée sacramentelle dans le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, manifestation suprême de son amour sans limite pour tous les membres de notre humanité. Ce que nous sommes dans le principe, nous avons à le devenir chaque jour davantage par notre engagement. « À ceci tous connaîtront que vous êtes pour moi des disciples, dit Jésus, si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».

       Nous savons que cela est exigeant. Mais cela est aussi libérant. Cet amour, dont Jésus nous a donné l’exemple, libère notre cœur de nos petitesses et de nos étroitesses ; il nous permet d’avoir un regard neuf sur les autres, quelles que puissent être parfois leurs limites ; il nous apporte la joie du don ; il crée un univers de communion, parce que nous nous reconnaissons alors tous comme frères, fils avec le Fils (cf. Rm 8, 28–29).

     Ce commandement de l’amour inconditionnel, à l’imitation de Jésus, engendre un monde nouveau. La voie que Jésus a ouverte, est une chance pour notre humanité. En mettant nos pas dans les siens, nous révélons sa présence dans notre monde. En imitant, chacun à notre manière, chacun selon son propre charisme, l’amour que Jésus a montré jusqu’au bout, nous nous manifestons comme ses disciples et nous rappelons, de la sorte, la bénédiction qu’il a été et qu’il est encore pour notre humanité. La mise en œuvre du commandement nouveau, que Jésus donne à ses disciples, fait d’eux véritablement le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13–16). Cette promesse est aussi un appel que nous voulons mettre au cœur de nos vies. Amen.

Homélie pour le 4ème Dimanche de Pâques (C)

Jn 10, 27-30 
En ce temps-là, Jésus déclara : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »

   Le chapitre dixième de l’évangile selon saint Jean, dont nous venons d’entendre quelques versets, est un de passages les plus explicites de tout le Nouveau Testament pour comprendre la personne et la mission de Jésus. Les paroles du Seigneur, que la liturgie a retenues pour ce quatrième dimanche de Pâques, nous permettent de bien saisir cette réalité.

     Dans ce chapitre, Jésus s’exprime souvent sur le mode autobiographique. Il est amené à se justifier, à expliquer ce qu’il fait et entreprend, parce que son agir est contesté ou, du moins, mal compris et suscite de l’irritation de la part d’un certain nombre de ses contemporains. Il répond à ces objections en expliquant le sens de sa pratique, le but qu’il poursuit durant ses pérégrinations et les raisons qui fondent son engagement. Le fait de devoir se justifier lui donne l’occasion dire qui il est véritablement, comment il comprend sa mission et la signification que celle-ci prend dans le plan de Dieu.

      Pour rendre compte de ce qu’il est et de ce qu’il fait, Jésus recourt à l’image du berger, du bon pasteur, que les prophètes avaient maintes fois utilisée pour faire comprendre la sollicitude et l’amour de Dieu pour son peuple. Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, chacun, à sa façon, avait expliqué comment Dieu était comme un berger pour son peuple et agirait encore de cette manière aux temps futurs (Is 40, 11 / Jr 3, 15 ; 23, 3–8 / Ez 34, 11–16). Le psalmiste lui-même fait sienne cette image pour faire comprendre combien Dieu veille sur ses enfants et les conduit en des lieux de bénédiction (Ps 23, 1–4).

    Jésus se situe dans la ligne de cette tradition pour faire comprendre la signification de tout ce qu’il entreprend. Quelques instants plus tôt, il déclarait : « Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis » (10, 11). La référence à la pratique de la vie pastorale lui permet d’indiquer la générosité et l’abnégation qui sont à la base de son engagement. Il aimera jusqu’au bout, et cela impliquera le don de sa vie (cf. Jn 13, 1). Cet amour se nourrit, dans le présent, d’une connaissance profonde et réciproque entre le berger et les brebis. Jésus avait, en effet, encore déclaré : « Moi, je suis le bon berger. Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » (10, 14). La relation est faite d’une grande proximité, d’une solidarité à toute épreuve et d’une affection mutuelle qui soude dans l’unité. C’est tout cela que Jésus récapitule dans les paroles qui nous sont offertes ce dimanche. « Mes brebis écoutent ma voix, explique le Seigneur dans l’évangile de ce jour ; moi, je les connais et elles me suivent ». Ce lien personnel a une portée hors du commun et transmet une promesse d’une grande richesse. Jésus ajoute en effet : « Je leur donne la vie éternelle ; jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main ». L’image du berger est comme transcendée. Son contenu, dans le cas présent, ne se limite pas aux biens terrestres. Il concerne les valeurs fondamentales du Royaume des cieux, qui trouveront leur achèvement dans la vie auprès de Dieu qui n’aura pas de fin. Telle est la mission que Jésus accomplit en ces temps (cf. Lc 15, 1–7 / Mt 18, 10–14).

    Cette explication de type autobiographique, définissant l’agir de Jésus à la manière du pasteur promis par Dieu, nous transmet encore un autre enseignement d’une grande importance. Parlant de ses brebis, le Seigneur ajoute en effet : « Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père ». Après avoir présenté le contenu de sa mission, Jésus révèle maintenant sa source et son fondement. Cette mission vient du Père qui l’a envoyé (cf. Jn 5, 36 ; 6, 57 ; 7, 28–29 ; 8, 42) et trouve tout son sens dans l’unité qu’il y a entre eux. Jésus conclut en effet : « Le Père et moi, nous sommes un ». Cette relation unique entre le Père et lui, Jésus l’avait déjà évoquée précédemment, lorsqu’il avait parlé de la connaissance réciproque que le berger entretient avec ses brebis. Celle-ci avait, en effet, été qualifiée d’une façon particulière, qui prend maintenant tout son sens. La parole complète de Jésus à ce moment-là avait été pour dire : « Moi, je suis le bon berger. Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que moi, je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis » (10, 14–15). En parlant de sa mission, Jésus dévoile en même temps son identité véritable : il est lié d’une façon unique au Père, et c’est ce lien qui transparaît maintenant dans la manière dont il est présent à notre humanité, dans une attitude faite de réciprocité avec tous les hommes et de générosité sans limite dans le don de soi.

   Voilà le mystère de Jésus, qui est offert à notre méditation et à notre contemplation en ce quatrième dimanche de Pâques. Le Seigneur vit une intimité unique avec le Père des cieux et cette connaissance réciproque en Dieu trouve maintenant un retentissement particulier dans la relation que Jésus vit avec les membres de notre humanité, pour lesquels, tel le bon berger, il donnera sa propre vie.

    Jésus, le bon berger, est celui qui guide chacun de nous dans notre cheminement  de foi. Il nous connaît et nous le connaissons. Il a donné sa vie pour nous. Il nous introduit dans l’intimité du Père des cieux et nous donne d’avoir part à la vie éternelle. Avec lui nous possédons tout (cf. 2 Co 5, 17—6, 10 / Rm 8, 31–39). Telle est la richesse et la grandeur de notre foi. Amen.