Homélie pour le Dimanche des Rameaux (C)

Lc 19, 28–40 / 22, 14 — 23, 56 : La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Luc

  En cette année, où nous lisons principalement l’évangile selon saint Luc lors de la liturgie dominicale, la Parole de Dieu attire d’une façon particulière notre attention en ce début de Semaine Sainte, sur le salut qui se réalise avec la venue de Jésus à Jérusalem  et avec les événements de la passion.

   Au moment de la bénédiction des rameaux, nous avons entendu le récit de l’entrée messianique de Jésus dans la Ville Sainte. Les foules s’étaient rassemblées juste avant la descente du Mont des Oliviers et louaient Dieu au sujet de Jésus en proclamant : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ». L’évangéliste Luc ajoute encore cette parole dans la louange du peuple présent : « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux » (19, 37–38). Cette dernière acclamation rappelle, presque mot pour mot, le chant d’action de grâce des anges à Bethléem, lors de la naissance de Jésus : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur terre paix aux hommes, objets de bienveillance » (2, 14). Ce qui était annoncé au moment de la venue du Fils de Dieu dans notre monde entre maintenant dans sa phase définitive. La bienveillance de Dieu pour toute l’humanité va trouver son plein achèvement dans le don que Jésus fera bientôt de sa vie sur la croix. Il aimera jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) pour manifester au monde combien Dieu aime tous les hommes et leur offre la réconciliation. Nous participons, en ce dimanche des rameaux, à cette louange et à cette acclamation. Les rameaux, que nous avons portés en procession et que nous emmènerons chez nous, expriment cette reconnaissance de Jésus comme notre roi et notre sauveur, celui qui nous apporte la vie et crée un monde nouveau dans l’offrande qu’il fait de lui-même. Il est le sauveur de tous ceux qui mettent en lui leur espérance.

     Le récit de la passion, pour sa part, nous a transmis le dialogue très émouvant et plein de confiance entre Jésus et celui que nous appelons le “bon larron”. Cet homme, qui n’avait pas été un saint par sa façon de se comporter, ouvre son cœur en cet instant et se tourne vers Jésus dans un bel acte de foi. Sa parole se fait prière : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton Royaume ». Et le Seigneur reconnaît la justesse et la profondeur de sa démarche. Sa réponse prend la forme d’une promesse : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (23, 39–43). Le salut se réalise pour cet homme, qui a compris, dans un surgissement de lucidité et d’illumination spirituelle, que Jésus est véritablement « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). Le Seigneur l’introduira sans délai dans la vie éternelle.

   Nous voyons dans les deux cas comment Jésus ouvre les chemins du salut. Il est source de miséricorde pour le pécheur repentant et il restaure le projet de Dieu sur l’humanité, projet abimé par le péché des hommes. Jésus apporte la réconciliation et le pardon. La liturgie de ce dimanche des rameaux nous rappelle la double dimension de la rédemption que Jésus a apportée à notre monde dans les événements de la Semaine Sainte. Il est le sauveur envoyé par le Père pour créer une humanité nouvelle aussi bien au plan communautaire qu’au niveau personnel. Il a scellé la paix entre les hommes et avec Dieu dans le sang de sa croix (Col 1, 20 — cf. Ep 2, 14–18 ; Rm 5, 1–11) et il appelle chaque être humain à une vie nouvelle, qui trouvera son plein achèvement dans le Royaume des cieux.

    C’est tout cela que nous apprêtons à célébrer durant la Semaine Sainte. Nous voulons répondre à cet amour par notre propre amour pour lui et pour le Père qui l’a envoyé auprès de nous pour rétablir la communion avec lui. Nous pouvons vivre intensément toutes ces réalités de la foi grâce à l’Esprit qui nous a été donné lors de notre baptême. Ouvrons alors largement notre cœur pour que ces jours de fête, qui nous sont offerts, soient des jours de grâce et de lumière, de paix et d’amour. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 5ème Dimanche du Carême (C)

Jn 8, 1–11 
  En ce temps-là,  Jésus s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »  Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.
     Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit :
 « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

   L’évangile de ce dimanche nous rapporte une des manifestations les plus expressives de la miséricorde de Jésus. En cette année du Jubilé de la miséricorde, il nous interpelle d’une façon toute particulière.

     Nous avons affaire à un sujet sensible en raison du retentissement existentiel lié à tout ce qui concerne l’amour et la sexualité. Les adversaires de Jésus l’ont bien compris, et c’est pour cela qu’ils exploitent la situation. Leur intention n’est pas tant de sauvegarder la morale que de tendre un piège à Jésus pour pouvoir ensuite le condamner. Car leur conviction à son sujet est bien arrêtée. Ils le considèrent, en effet, compte tenu de son enseignement et de ses fréquentations, comme « un ami des publicains et des pécheurs » (Mt 11, 19 // Lc 7, 34 – cf. Lc 15, 1–2). L’occasion est trop belle, estiment-ils, pour mettre Jésus en difficulté, et ils ne veulent pas la laisser passer. Les choses se déroulent sur la place publique, au su et vue de tout le monde. Ce que va dire et faire Jésus ne sera donc pas sans conséquence.

   La tournure des événements prendra une autre direction que celle que ces opposants escomptaient. Jésus n’entre pas dans la logique des soi-disant pourfendeurs du vice. Il se tait, presque comme s’il était absent. Face à l’insistance des accusateurs, il énonce une solution, qui les amène à lâcher prise, tant à son égard que vis à vis de celle qu’ils désiraient vouer au mépris des passants et livrer à la vindicte populaire. Ensuite, il ne condamne pas celle qui est dénoncée publiquement. Il l’exhorte à trouver une voie nouvelle pour sa vie. « Va et ne pèche plus ». Jésus fait appel à la conscience de l’intéressée, pour qu’elle retrouve les valeurs du Royaume de cieux et réajuste son existence en conséquence. Il ne s’attache pas à exprimer recommandations, prescriptions et conseils de toutes sortes. Il fait confiance. Sa parole, si elle est reçue, portera du fruit, une parole qui tire vers le haut, une parole libératrice, parce qu’elle montre le chemin de la vraie liberté, une parole de miséricorde.

            Cette scène de l’évangile parle intensément à notre cœur en cette année où nous voulons, avec toute l’Église, faire grandir en nous l’esprit de miséricorde. Le comportement de Jésus nous montre comment nous devons agir, si nous voulons vivre authentiquement la proclamation qu’il proféra dans les Béatitudes, au début du Sermon sur la montagne : « Bienheureux les miséricordieux » (Mt 5, 7). Le Seigneur nous invite d’abord à ne pas juger et à ne pas condamner. Jésus n’a pas fait d’enquête pour évaluer les torts sous-jacents à la situation. Son attitude est essentiellement celle de la miséricorde et du pardon. C’est une première étape : ne pas juger et ne pas condamner.

    Il faut encore aller plus loin. Le Seigneur exhorte à une vie nouvelle et il fait confiance. C’est parce qu’il a posé un regard d’amour miséricordieux sur cette femme, au cœur de sa misère et de sa détresse, que celle-ci pourra s’engager sur des chemins nouveaux. Son amour fait de bienveillance possède une force transfigurante. L’amour convertit.

     Jésus nous dit de la sorte : “Aime jusqu’au bout, aime de bienveillance inlassablement, et ton amour transformera le monde dans lequel tu vis. Ton amour désintéressé et universel convaincra les personnes qui ont à opérer un changement dans leur vie. Tu seras une aide pour elles. Ce ne sont pas les remontrances qui transforment le monde ; c’est l’amour gratuit et généreux à l’égard des personnes qui sont dans le besoin, quelle que soit la cause, que ce soit le péché ou bien des déficiences relationnelles ou d’autres réalités encore”. Oui, c’est l’amour qui permet chez l’autre le consentement au réajustement, et, dans le cas du péché, à la conversion. Dans tous les cas, le réajustement n’est pas purement et simplement une capitulation ni un désaveu personnel par rapport à un passé douloureux ou un héritage existentiel lourd à porter, mais une réponse, motivée, à un amour désintéressé et rénovateur. Et cela change tout.

  Alors, sachons aimer comme le Seigneur a aimé, un amour fait de bienveillance, de compassion, de miséricorde et de pardon. Rappelons-nous la parole de Jésus aux apôtres le soir du Jeudi Saint : « C’est à ceci que tous connaîtront que vous êtes pour moi des disciples, à savoir si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Avec l’évangile de ce dimanche, Jésus montre que cet amour ne peut connaître de limite, quelle que puisse être la gravité de l’offense ou du manque. Comme Jésus en donne l’exemple, l’amour de bienveillance et de pardon transfigure et restaure le monde. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 4ème Dimanche du Carême (C)

Lc 15, 1-3; 11-32 
  En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »  Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père.  
  Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. 
   Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

 Cette parabole de Jésus réjouit toujours profondément notre cœur, lorsque nous l’entendons, parce qu’elle nous révèle, avec beaucoup de tact et d’humanité, qui est Dieu pour chaque homme qu’il a créé et comment nous trouvons les vrais chemins de la communion avec lui. En cette année de la miséricorde, nous sommes particulièrement attentifs à l’attitude du père de famille qui nous révèle le visage de Dieu, mais nous contemplons aussi comment le fils cadet, qui s’est éloigné de l’intimité familiale, retrouve les chemins de l’unité avec celui qui est à l’origine de sa vie.
Deux petites phrases, parmi d’autres de cette parabole, disent quelque chose d’essentiel sur l’attitude du fils prodigue et sur celle du père miséricordieux, et nous aident, de la sorte, à grandir dans la foi et le renouvellement intérieur auxquels nous sommes conviés durant le carême.
Alors que le fils cadet se trouve au comble de la misère et de la déchéance, il entame une réflexion qui sera, quelque part, la chance de sa vie et lui permettra de sortir du gouffre dans lequel il s’est lui-même plongé. L’évangéliste écrit à ce sujet : « Or entrant en lui-même, il dit … ». Suit alors la parole intérieure qui est montée dans son cœur et qui aura un impact décisif pour la suite de sa vie : « Combien de salariés de mon père abondent de pain, se dit-il, et moi, ici, je péris de famine ». Une prise de conscience s’établit en lui. Il prend acte de sa propre situation misérable et la compare à celle des ouvriers dans l’entreprise familiale. Les conditions de vie de ces derniers deviennent enviables et enclenchent en lui un processus d’évaluation personnelle. Dans ces circonstances douloureuses, qui marquent présentement son existence, ce jeune homme prend conscience de son malheur, reconnaît la rupture qu’il a provoquée par ses choix irresponsables, et veut rétablir la relation qu’il a cassée : « J’ai péché contre le ciel et devant toi », se prépare-t-il à dire à son père. Il assume en cet instant sa propre responsabilité et décide de prendre les moyens pour qu’un monde nouveau arrive pour lui comme aussi pour la cellule familiale : « Me levant, j’irai vers mon père et je lui dirai : “Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi” ». Il décide de prendre le chemin du retour et de parler en vérité avec celui dont il s’était éloigné. Cette décision, riche de promesses, a été possible, parce que, du fond de sa misère, contraint par les événements, il  a accepté de regarder au plus profond de lui-même. « Entrant en lui-même, il dit … », explique Jésus à son sujet. C’est ce désir de faire la vérité en lui qui a permis la mise en route de cette attitude de renouveau. Il a accepté finalement de regarder en lui, de devenir lucide sur lui-même, de reconnaître ce qui n’allait pas dans sa manière de se conduire, et cela a été un chemin de libération. Pour lui s’est réalisée une des paroles les plus profondes que Jésus a dites durant son ministère public : « La vérité vous rendra libre » (Jn 8, 32). En rentrant en lui-même, il a accepté de faire la vérité dans sa vie, et cela a été comme une renaissance.
Cette démarche a pu porter du fruit, parce que son père l’attendait. Luc écrit à cette étape de l’histoire : « Alors qu’il était encore loin, son père le vit ». Cette petite réflexion, qui introduit la belle séquence de la parabole sur les retrouvailles, en dit long sur l’attitude du père de famille. Chaque jour, il guettait l’horizon pour voir si son fils reviendrait, pour courir à sa rencontre, lorsqu’il apercevrait au loin sa silhouette, tellement son cœur était resté rempli d’affection pour lui. Jamais il n’avait pu se remettre de ce départ pour une contrée lointaine. De longs jours, il est resté tel un veilleur, attendant cet instant de bonheur, quand il reverrait le visage de celui qui s’était égaré mais qui restait son propre fils. La description de la rencontre qui suit est très émouvante. Tout cela a pu se produire, parce que ce père, inlassablement, attendait ce retour.

     Deux petites phrases donc, dans cet évangile, qui nous permettent de prendre toute la mesure de ce qui nous est raconté : « Entrant en lui-même, il dit … », explique Jésus au sujet du fils repentant ; « Alors qu’il était encore loin, il le vit », déclare le Seigneur au sujet du père qui n’a cessé d’aimer ce fils d’un amour invincible, quelle qu’ai pu être l’offense. Ainsi en va-t-il de la conversion, du renouvellement intérieur, et du bonheur qui se produit au cœur de la réconciliation. Le fils cadet est revenu, parce qu’il a su faire la vérité en lui. La recherche de la vérité est une composante fondamentale de la vie humaine et de la vie spirituelle. Elle coûte à certaines heures ; elle a ses exigences ; mais elle est incontournable. C’est elle qui permet de sortir des ornières, de dépasser les obstacles, qui se trouvent sur notre route, de trouver la vraie liberté, de vivre la réconciliation et la communion avec les autres et avec Dieu, et donne, en même temps, d’avoir soi-même accès à la paix intérieure et à la sérénité.

            Durant ce carême, nous sommes appelés à faire la vérité dans notre vie, avec un regard à l’intérieur de nous-mêmes fait de courage et de lucidité. En reconnaissant ce dont nous avons à nous délester, nous grandissons en liberté, et notre vie devient plus belle, parce que la conversion nous ouvre à la communion avec les autres et avec Dieu, et nous permet simultanément de retrouver notre être profond. La contemplation du père de famille à l’amour indéfectible est pour nous un puissant encouragement pour que nous nous engagions dans cette direction, que ce soit grâce au sacrement du pardon ou de toute autre manière.

            L’évangile de ce dimanche est une lumière pour nos pas. En le faisant nôtre, nous avançons sur les chemins de la renaissance, qui ont leur origine dans notre baptême et que nous choisissons à nouveau chaque année la nuit de Pâques. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 3ème Dimanche du Carême (C)

 

Lc 13, 1-9 
Mais Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ?  Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ?
 Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »  Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : ‘Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?’ Mais le vigneron lui répondit : ‘Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être  donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.’ »

   En recevant cet évangile, nous pourrions être tentés d’avoir dans notre cœur des sentiments de tristesse, en constatant une fois de plus que le monde est souvent dominé par des actes de violence. Ce que nous observons au quotidien était déjà une réalité présente dans le monde au temps de Jésus. Rien donc de vraiment nouveau. Des actes qui montrent la dureté des hommes et qui nous affectent, quand nous en prenons connaissance.

      En fait, si cette réalité de la souffrance est universelle et se manifeste à toutes les époques, ce n’est pas une raison pour sombrer dans le pessimisme et désespérer de notre humanité comme de notre propre sort. Jésus a pris soin de commenter de tels événements, et sa parole à ce sujet est pour nous source de lumière. Bien sûr, nous n’avons pas la maîtrise de ces événements. Ils échappent complètement à notre pouvoir. Ils s’imposent à nous. En même temps, ils ne nous laissent pas indifférents et ils ne doivent pas nous laisser inactifs. Jésus, en communiquant son évaluation sur des situations douloureuses, qui avaient fortement frappé les esprits de ses contemporains, nous montre l’attitude qu’il convient d’adopter quand de telles nouvelles nous parviennent.

   Nous voyons d’abord comment Jésus est sensible à la souffrance des personnes concernées. Quand il évoque ces réalités éprouvantes, nous le voyons ému de compassion. Il partage la douleur de ses contemporains et prend pleinement en considération le malheur des victimes. Ses paroles témoignent de son émotion et de sa commisération.

  Nous sommes, nous aussi, dans une situation semblable à celle Jésus. Nous sommes toujours profondément affectés, quand de tristes nouvelles de cette sorte sont portées à notre connaissance. Aucun événement du monde ne peut nous laisser indifférents, particulièrement les événements dramatiques, qui touchent douloureusement notre humanité. Nous devons alors les recevoir avec un cœur miséricordieux.

  Face à de telles situations, la première manifestation de la miséricorde est la prière pour les personnes éprouvées. Il faut que nous laissions entrer dans notre cœur toutes les personnes qui sont gravement atteintes par les souffrances qui arrivent de façon subite et imprévue. L’information qui nous parvient est donc en premier lieu un appel à la miséricorde, comme Dieu, lui-même, est miséricordieux, comme Jésus est miséricordieux.

 Un deuxième aspect arrive très vite, qui concerne, cette fois, le retentissement que connaît la nouvelle en nous au plan personnel. “Et moi, là dedans”, sommes-nous tentés de nous dire intérieurement. Qu’est ce que cela provoque en nous ? La prise en considération du sort des gens qui ont été confrontés au malheur nous amène quasi inévitablement à nous poser la question : “Et si j’avais été là-bas, qu’en serait-il de moi ? Que serais-je devenu ?” Le destin funeste de personnes qui n’avaient rien mérité nous conduit presque imperceptiblement à réfléchir au sens de notre vie, à la valeur qu’elle a, à sa qualité d’achèvement. Les événements douloureux, dont nous apprenons la nouvelle, retentissent en nous et deviennent, d’une certaine manière, un appel à notre conscience et à notre responsabilité personnelle. “Comment ces événements m’appellent-ils à la conversion, afin que ma vie soit plus belle et plus conforme aux valeurs du Royaume des cieux, de sorte qu’en chaque instant de mon existence je sois prêt à aller à la rencontre du Seigneur ?”.

   L’appel à la conversion, dans un tel contexte, n’est pas la perception d’une menace intérieure par rapport à tel danger qui pourrait nous surprendre, mais, en fait, un appel à un amour plus grand pour faire de notre vie une réalité qui soit belle et agréable au Seigneur. La conscience de la fragilité de nos conditions de vie comme de notre vulnérabilité nous invite fortement à aller à l’essentiel. L’appel à la conversion, qui en résulte, n’est pas la manifestation d’une angoisse ou d’une peur, mais l’expression du désir de faire, en toute circonstance, de notre vie quelque chose de beau et de grand, quelque chose  qui construit notre être profond. L’appel à la conversion est un appel à aimer davantage la Parole du Seigneur, à la mettre plus authentiquement et plus radicalement au centre de notre vie, pour que celle-ci trouve réellement sa plénitude, parce que plus profondément en correspondance avec le projet que Dieu avait pour nous quand il nous a créés. En d’autres termes, l’appel à la conversion, c’est l’invitation pressante qui nous dit intérieurement : “Réalise dans ta vie concrète le projet de Dieu pour toi”, en supprimant ce qui nous en éloigne. Loin d’être une limitation personnelle ou encore une entrave, la conversion est le vrai chemin pour avoir la vie en plénitude et ainsi avoir part à la béatitude qui est en Dieu.

  Notre expérience nous permet ainsi de mieux comprendre la déclaration de Jésus dans l’évangile de ce jour. La connaissance des événements douloureux, qui se produisent dans le monde, nous adresse un double appel :
– en premier lieu, un appel à l’égard des autres, à l’égard des personnes touchées par le malheur. Nous sommes appelés à la compassion. Celle-ci prend d’abord la forme de la prière. Et cela est à la portée de tout le monde. Une telle prière ne demande rien de spécial. Elle peut se faire dans le cloître d’un monastère, dans une chambre de malade à l’hôpital, dans une cuisine ou une salle de séjour, dans une réunion avec d’autres chrétiens aussi. La prière peut être complétée, en certaines circonstances, par un don pour venir en aide aux sinistrés. Telle est la démarche à l’égard des autres : une démarche de compassion
– ensuite, un appel à l’égard de nous-mêmes. Ces événements sont pour nous, au plan personnel, un appel renouvelé à la conversion, non pas purement et simplement pour être équipé en cas de sinistre, mais plus radicalement parce qu’ils nous rappellent les valeurs suprêmes de la vie ; ils nous invitent de la sorte à correspondre toujours davantage au projet de Dieu sur nous, en éliminant les éléments qui font obstacle sur notre route.

   Le commentaire de Jésus sur l’actualité douloureuse de son temps nous montre ainsi le chemin qu’il faut prendre afin que le Royaume de Dieu grandisse sur notre terre, tout à la fois un chemin de compassion pour les personnes éprouvées par la souffrance et un chemin de conversion pour nous personnellement. Ce commentaire du Seigneur nous apprend comment passer de la mort à la vie. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 2ème Dimanche du Carême (C)

Lc 9, 28–36

  En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. 
  Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. 
   Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.
   Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. 
   Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

     C’est toujours pour nous une joie et un encouragement d’entendre le récit de la Transfiguration de Jésus le deuxième dimanche de Carême. Les yeux de notre intelligence et de notre cœur sont chaque fois éblouis par la lumière rayonnante qui émane de la personne du Seigneur.

      Le récit, que l’évangéliste Luc nous offre cette année, nous rappelle bien les traits caractéristiques de cette scène qui habitent notre mémoire : Jésus emmène ses disciples sur une montagne ; il est transfiguré devant eux ; il parle avec Moïse et Élie ; et au terme, une voix se fait entendre de la nuée proclamant qu’il est le Fils bien-aimé du Père. Tout ces éléments, nous les retrouvons dans le récit que nous venons d’entendre et nous sommes heureux de réactualiser, de cette manière, un univers qui nous est familier au plan spirituel.

            Si après cela, nous nous accordons un peu de temps pour approfondir notre lecture de ce passage, notre joie est encore plus grande. En effet, nous avons bien le même récit, mais, en plus, ce récit contient toute une série d’éléments, qui pourraient passer presque inaperçus et qui, en fait, ont un contenu doctrinal très dense. Ce sont des enseignements que Luc est le seul à nous rapporter à cet endroit et qui permettent d’avoir une compréhension plus profonde du mystère personnel de Jésus.

   Le troisième évangéliste commence de la sorte sa narration de l’événement : « Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier ». Et il poursuit : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre ». Nous observons ainsi que la transfiguration a lieu alors que Jésus est en prière. Le double emploi du verbe « prier » dans ce contexte marque une insistance. Celle-ci devient particulièrement parlante quand nous percevons que Luc a pris soin, de nombreuses fois, de montrer Jésus en prière. Il mentionne ce fait en particulier dans des récits qu’il a en commun avec Matthieu et Marc, alors que ceux-ci n’évoquent pas cette réalité. Ainsi, lors du baptême du Seigneur par Jean-Baptiste, Luc nous indique que Jésus est en prière au moment où la voix céleste se fait entendre pour proclamer que Jésus est le Fils bien-aimé du Père, comme dans le récit de la transfiguration précisément (Lc 3, 21 — cf. Mt 3, 16 // Mc1, 10). Après la guérison du lépreux de Capharnaüm, Luc explique que Jésus se retire dans le désert et que là, il priait, ce que ne mentionnent ni Matthieu ni Marc (Lc 5, 16 — cf. Mt 8, 4 // Mc 1, 45). Au moment où il s’apprête à appeler les apôtres, Jésus est en prière, selon Luc et lui seul (Lc 6, 12–16 — cf. Mt 10, 1–4 // Mc 3, 13–19). Un peu plus tard, quand Jésus sera à Césarée et posera la question de confiance aux apôtres, leur demandant qui il est pour eux, Luc, et lui seul, signale que le Seigneur est en prière (Lc 9, 18 — cf. Mt 16, 13 // Mc 8, 27). Par la suite, les apôtres adresseront à Jésus une requête pour qu’il leur apprennent à prier, comme Jean-Baptiste l’avait fait pour ses disciples. Cette demande arrive alors que Jésus est en prière (Lc 11, 1–4 — cf. Mt 6, 7–13). Nous le savons, l’évangéliste Luc est, par bien des aspects, le théologien de la prière. Sur les dix-neuf emplois du verbe « prier » dans son évangile, neuf servent à décrire la prière de Jésus. Jésus est donc pour lui le « priant » par excellence, et c’est souvent à l’occasion de sa prière que le Seigneur révèle qui il est véritablement ou qu’il accomplit lui-même des actes importants de sa mission. La transfiguration est à comprendre dans cette lumière. En le voyant prier, les disciples pressentent quelque chose de sa transcendance. Il est véritablement le Fils de Dieu, l’envoyé du Père.

   Luc, dans son récit de la transfiguration, apporte une autre précision importante. Il mentionne, comme Matthieu et Marc le dialogue de Jésus avec Moïse et Élie. Mais il indique en plus le contenu de leur échange. Tous les trois « parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem », ajoute-t-il. Le lecteur est ainsi averti qu’il faut comprendre cette scène en la mettant en lien avec la passion. Le Bien-aimé, qui est maintenant le Transfiguré, sera aussi le Crucifié.

  Un autre aspect encore du récit de Luc peut retenir notre attention. L’évangéliste explique au sujet de Jésus que les disciples virent sa « gloire », mot qui est mis en valeur, là aussi, par son double emploi. Cette remarque est comme une anticipation discrète, mais bien réelle, de l’explication que le Seigneur Ressuscité donnera aux disciples désemparés sur le chemin d’Emmaüs, déclarant : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire » (Lc 24, 26). Luc commentera, juste après cette citation de la parole de Jésus le soir de Pâques, en disant : « Et partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (24, 27).

 Ce sont toutes ces réalités qui nous sont présentées dans le récit de la transfiguration que Luc nous transmet. C’est à ce Jésus-là que nous voulons nous attacher plus profondément durant ces quarante jours de Carême : Jésus, le Bien-aimé, le Transfiguré, le Crucifié, le Ressuscité. En le contemplant dans sa prière, nous comprenons mieux qu’il est le « Seigneur de gloire » (1 Co 2, 8), image visible du Père invisible, et nous réalisons plus intensément que nous sommes appelés à avoir part à sa vie de Ressuscité, comme le proclamait, avec beaucoup de force, l’apôtre Paul dans la deuxième lecture. « Notre citoyenneté se trouve dans le cieux, déclarait-il, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus, lui qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire ». Telle est l’espérance, qui anime intensément notre cœur durant ce temps du Carême. Amen.

P. François Fraizy

Homélie pour le 1er Dimanche du Carême (C)

Lc 4, 1-13 

   En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
   Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »  Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. » 

   Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
   Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.     Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
   Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. » 

    Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;  car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
     Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

     Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

Ce récit de la tentation de Jésus, que l’Église nous propose chaque année le premier dimanche de carême, est pour nous une lumière et un bel encouragement, alors que nous voulons vivre profondément cette étape de notre vie de croyant, qui s’ouvre maintenant devant nous. Nous voyons comment Jésus a été pleinement l’un des nôtres, partageant totalement notre condition humaine hormis le péché (Hé 4, 15). Il a connu la tentation sous différentes formes, mais chaque fois, il est sorti vainqueur, parce qu’il a su trouver la juste attitude dans une telle situation. En contemplant sa manière d’agir en présence Tentateur, nous nous mettons à son école, pour que nous puissions être vainqueurs avec lui et participer, de la sorte, au monde nouveau qu’il est venu instaurer sur notre terre.

   Nous voyons tout d’abord que Jésus n’entre pas en discussion avec Satan. Il lui manifeste immédiatement une attitude de refus et de rejet. Le démon, en effet, est trop subtil pour qu’on essaie de discuter avec lui. Il trouve toujours des arguments pour faire illusion, pour faire miroiter ce qui pourrait apparaître comme un avantage dans la tentation. Il s’efforce, de façon habile, d’annihiler les résistances intérieures au péché qu’indique la conscience. Il minimise dans un premier temps le mal, disant en substance : “Ce n’est pas si grave que çà !”. Puis, après cela, il évoque intérieurement l’avantage qu’il y aurait à retirer : “Tu verras, cela t’apportera telle et telle chose qui te plaira”. Simplement, tout cela est mensonge. Car au terme, le péché n’apporte que tristesse et désolation. Satan est véritablement le maître de la tromperie.

   La première choses à faire donc, comme le montre Jésus, c’est de ne pas discuter avec le Tentateur, ne pas engager le dialogue avec lui. Car il est trop redoutable, pour que nous puissions, avec nos propres forces, être vainqueurs. L’attitude à adopter face à la tentation, c’est le rejet pur et simple. « Arrière, Satan », dira Jésus (Mc 8, 33), lorsque Pierre deviendra malencontreusement un allié du Tentateur.

   Il y a un autre enseignement dans la façon dont Jésus se comporte dans cette scène. Chaque fois, dans sa réponse, il cite l’Écriture. Il répond au moyen de la Parole de Dieu. Cela aussi et significatif. Nous avons besoin de raisons, de motivations pour résister au mal, à la tentation. Ces raisons nous ont été données dans la Parole de Dieu qui nous révèle l’amour de celui qui nous a créés ainsi que le chemin de vie qui nous est offert quand nous choisissons d’être disciples. Ce chemin de vie nous est montré dans la Bible. Il y a là des paroles qui touchent profondément notre cœur, comme les Béatitudes de Jésus, ses paraboles, tel enseignement de Paul ou de l’apôtre Jean et bien d’autres passages encore de l’Ancien comme du Nouveau Testament. En nous rappelant ces paroles de l’Écriture, qui nous ont marqués dans notre cheminement spirituel, ces paroles, qui illuminent notre esprit et nous réconfortent intérieurement, nous sommes plus forts pour résister à la tentation. Plus que cela encore, nous trouvons notre joie à acquiescer à ce que nous disent ces paroles ; elles nous réjouissent ; elles nous fortifient spirituellement ; et elles viennent prendre la place des fausses joies que le Tentateur nous faisait miroiter pour nous entraîner à sa suite.

   Nous le comprenons : la vie chrétienne implique un combat spirituel. Être disciple n’est pas toujours facile. Cela suppose d’être prêt à la lutte intérieure à certaines heures. Mais ce fait ne doit pas nous décourager, car nous savons que le Seigneur est à nos côtés quand nous nous tournons vers lui et que nous demandons son aide. Avec lui nous sommes vainqueurs, et alors nous participons avec lui au triomphe de Pâques.

   L’évangile de ce premier dimanche de carême tourne donc déjà notre regard vers la fête que nous célébrerons au terme de ces quarante jours. Jésus a vaincu le péché et la mort. Il a ouvert les chemins de la vraie vie. Nous voulons, tout au long des semaines qui viennent, cheminer avec lui au désert, pour qu’il purifie notre cœur et nous libère de tout ce qui nous entrave. Suivons-le avec courage et avec confiance. En acceptant d’engager un chemin de conversion, notre vie devient plus belle et, de la sorte, nous avons part à la joie du Royaume des cieux, que Jésus est venu apporter à notre monde.

   Telle est la bénédiction du carême que l’Église nous propose chaque année. Ce temps, qui a ses exigences propres, est véritablement un temps de renouveau pour nous, au plan personnel, comme pour toute l’humanité. Sachons alors l’accueillir comme il convient. Il est source de bonheur pour toutes les personnes qui le prennent au sérieux. Amen.

P. François Fraizy