Homélie du 1er Janvier A

Lc 2, 16-21
  En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent  Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu,ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
  Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. 

    L’évangile de ce dimanche nous invite à nous rendre à nouveau à la crèche. Nous y allons avec les bergers de Bethléem et nous nous laissons émerveiller, comme eux, par ce qui est rendu visible et par ce qui est annoncé là.

    Notre regard porte d’abord sur la Sainte Famille. Luc nous décrit le zèle des bergers pour se rendre à la ville de David et découvrir celui dont la venue au monde  vient de leur être révélée : « Ils partirent en se hâtant, et ils trouvèrent Marie et Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire », déclare-t-il. Marie est nommée la première, et c’est normal qu’elle soit mise à l’honneur, parce qu’elle vient d’être mère. Elle fera l’admiration des visiteurs de ce jour et, par la suite, de tous les lecteurs de l’évangile à travers les temps et l’histoire. Joseph est pleinement solidaire. Il assume avec discrétion et détermination tout à la fois la mission qui lui a été confiée, comme nous l’a enseigné l’évangile du quatrième dimanche de l’Avent (Mt 1, 20–21). Les deux parents sont unis pour veiller sur l’enfant, qui est mentionné en dernier lieu, comme le point culminant et l’achèvement de cette première séquence rapportant cette visite des bergers.

   Ceux-ci sont porteurs d’une révélation, puisque l’ange du Seigneur, qui leur est apparu, leur a expliqué qui est véritablement l’enfant, pauvre et connaissant la précarité pour ce qui est des conditions matérielles concrètes, mais porteur des plus grandes promesses en ce qui concerne son être profond et la mission qui sera la sienne : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David », proclamait l’envoyé de Dieu (Lc 2, 11). Ce message, ils le partagent maintenant, pour la plus grande joie et l’enthousiasme de ceux qui le reçoivent avec étonnement, même si toute la portée et le retentissement des paroles qui leur furent dites à ce moment-là n’ont peut-être pas été perçus immédiatement dans toute leur profondeur. Mais les auditeurs que nous sommes, riches de la totalité de la révélation et de l’approfondissement qui s’est fait au cours des siècles, percevons bien la densité de leur témoignage.

   Telle était, en tout cas, la réaction de Marie, qui, depuis le début, savait bien la grandeur et le caractère unique de l’événement qui se préparait. L’évangéliste Luc nous dévoile, à cette occasion, son attitude intérieure de contemplation de l’œuvre de Dieu à travers elle. « Quant à Marie, explique-t-il, elle retenait tous ces événements – on pourrait encore traduire : “toutes ces paroles” –, les méditant dans son cœur ». Marie, modèle de la femme croyante, qui a été totalement disponible à la volonté de Dieu (Lc 1, 38) et qui interprète à la lumière de la foi les événements qui la touchent au plus haut degré, comme cela sera encore mentionné à l’occasion de la visite de la Sainte Famille à Jérusalem, lorsque Jésus aura douze ans (Lc 2, 51).

    ’évangile, que l’Église nous offre aujourd’hui, se termine par l’évocation du « huitième jour », jour de la circoncision de l’enfant selon la tradition juive, jour aussi qui sera celui du don du nom, « Jésus », avec le rappel que ce nom est d’origine divine, puisque que c’est celui que l’ange Gabriel avait indiqué à Marie lors de l’Annonciation (Lc 1, 31) et qui avait été révélé aussi à Joseph par le messager divin venu lui annoncer la mission qui serait la sienne auprès de l’enfant que Marie attendait (Mt 1, 21).

    Les deux dimanches qui encadrent cette année la fête de Noël, mettent ainsi en valeur le nom de « Jésus ». Ce nom de « Jésus, « Dieu sauve » dans la langue des Hébreux, nous permet de comprendre la qualification de Marie en ce jour : “Marie, Mère de Dieu”, parce que mère du « Fils de Dieu » (Lc 1, 34), le « Sauveur » promis par Dieu depuis les temps anciens par la bouche des prophètes (Lc 1, 68–75 ; cf. 1, 54–55). Le projet salvifique de Dieu pour notre humanité a trouvé son aboutissement, parce que cette fille d’Israël a été pleinement disponible pour accueillir en son sein et donner au monde celui qui réconciliera l’humanité avec son créateur et inaugurera de la sorte un monde nouveau (cf. 2 Co 5, 17–18).

   La mission historique de Marie continue d’une autre manière dans le temps de l’Église. Marie est celle qui conduit les disciples à Jésus. « Faites ce qu’il vous dira », dira-t-elle à Cana (Jn 2, 5). En même temps qu’elle nous donne le Sauveur, elle nous invite à être des auditeurs actifs de sa Parole qui ouvre les chemins du Royaume des cieux.

   Nous comprenons de la sorte la place privilégiée que tient Marie dans la vie des croyants, dans le cœur de toutes les personnes qui sont devenues disciples de Jésus et qui mettent en lui leur espérance. Nous comprenons de cette manière pourquoi nous aimons la prier et que, ce faisant, nous grandissons dans le Royaume de Dieu. Le compagnonnage avec Marie dans notre prière nous permet d’accueillir le salut que le Seigneur veut nous donner pour notre quotidien. Dans la foi, nous nous tournons vers lui pour recevoir de sa part les biens qui renouvellent chacune de nos existences. Marie nous montre le chemin vers lui et nous accompagne sur notre route. Aux moments de joie comme aux heures d’épreuves, sa présence nous apporte force et réconfort, joie et bonheur, tout simplement parce qu’elle est la « Mère de Dieu ». Amen.