Homélie du 4ème Dimanche du TO (A)

Mt 5, 1-12a
 En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.Il disait :  
  « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
    Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »


   Ne pourrait-on pas parler, au sujet de cet évangile, de la Pentecôte de Jean-Baptiste ? Nous réalisons, bien sûr, qu’avec ces paroles du Précurseur, nous avons affaire à l’événement du baptême de Jésus. Jean-Baptiste se trouve encore sur les bords du Jourdain. Il vient de recevoir les envoyés des autorités religieuses de Jérusalem, et il leur a expliqué, pour répondre à leur enquête, qu’il n’était pas le Christ, ni Élie, ni le prophète attendu pour la plénitude des temps. Il voit maintenant Jésus venir vers lui, et il déclare à son propos : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Il ajoute une parole un peu énigmatique, mais qui manifeste clairement la grandeur de la personne qui s’approche et à qui il rend hommage : «  C’est de lui que j’ai dit : l’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était ». Plus encore : cet homme, qui reste un inconnu pour ses contemporains, est celui qui a été la raison de la mission que, lui, Jean-Baptiste, accomplit depuis plusieurs mois : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, poursuit-il, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël ». Les personnes présentes, qui entendent ces paroles, apprennent de la sorte que leur attention doit se porter désormais sur celui qui arrive et dont la mission unique va maintenant se révéler.

  Si Jean-Baptiste peut parler de la sorte, c’est qu’il a lui-même bénéficié d’une révélation particulière au moment du baptême de Jésus. En effet, il explique encore : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui ». Cette manifestation extérieure était un signe venant de Dieu, dont le sens lui avait été expliqué auparavant. Jean-Baptiste déclare à ce propos : « Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint” ». Fort de cette explication, Jean-Baptiste a pu identifier celui que Dieu envoyait pour libérer l’humanité de ses péchés. Jean tire la conclusion de tous ces éléments en déclarant de façon solennelle : « Moi, j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ».

   Si Jean-Baptiste a pu reconnaître qui est véritablement Jésus à l’occasion de son baptême, c’est parce que l’Esprit Saint s’est manifesté à ce moment-là et lui a permis de réaliser quelle mission Jésus était venu accomplir. L’Esprit de Dieu l’a conduit « dans la vérité toute entière » (Jn 16,13) et a fait de lui un témoin. Jean-Baptiste utilise précisément le verbe « témoigner » pour qualifier sa parole sur Jésus de même que l’évangéliste Jean parle de « témoignage » pour introduire sa présentation de l’événement. Ce sont également des « témoins » de Jésus que sont devenus les disciples au jour de la Pentecôte grâce au don de l’Esprit Saint qui leur a été fait, venant sur eux pour qu’ils soient « témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8).

  Nous mesurons la force de ce témoignage de Jean-Baptiste concernant le Seigneur dans l’évangile de ce jour. Le mystère de Jésus est dévoilé. Il est « l’agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde ». Le témoignage de Jean-Baptiste permet de comprendre tout ce qui sera présenté dans la suite du quatrième évangile. Il prépare les lecteurs à accueillir Jésus comme le Sauveur du monde (cf. Jn 4, 42).

   Ce récit, que la liturgie nous offre en ce dimanche, nous aide à ouvrir notre cœur et notre esprit à la personne  de Jésus qui nous libère de nos servitudes et nous ouvre le chemin vers un monde nouveau. Entre Noël et Pâques, au début du Temps Ordinaire de notre année liturgique – c’est à dire le temps de la vie quotidienne dans lequel se vit la fidélité au long des jours –, la parole de Jean-Baptiste nous fortifie dans notre désir de faire au Christ toute la place qui lui revient pour qu’il transforme nos existences et nous renouvelle intérieurement. Il nous donne d’avoir part à la joie qui est celle de « l’ami de l’époux » (Jn 3, 29).

  Cela se réalise si nous nous laissons guider par l’Esprit du Seigneur, l’Esprit de Pentecôte, qui fait de ceux qui le reçoivent des « témoins ». Il suffit que nous laissions l’Esprit agir en nos cœurs, l’Esprit qui nous a été donné au baptême. Nous pouvons alors, à l’imitation de Jean-Baptiste, reconnaître Jésus présent dans notre vie et être témoins de l’espérance qu’il apporte à notre humanité. Amen.

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