Homélie pour le 29ème Dimanche TO (C)

Lc 18, 1-8
    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager :
    « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ »
    Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

  Jésus aimait parler en paraboles. Ce langage imagé lui permettait de transmettre un enseignement qui touchait le cœur de ses contemporains et, de la sorte, leur permettait de s’ouvrir aux réalités du Royaume des cieux. La plupart du temps, le message est immédiatement perceptible et mobilise l’intelligence et la volonté des auditeurs. Tel est le cas de la parabole du père miséricordieux (Lc 15, 11–32), qui accueille les bras ouverts son fils repentant de retour à la maison familiale et demande à son frère d’adopter la même attitude, image de notre Dieu qui est pardon et bonté, plein d’amour envers tous ses enfants, quels que puissent être les moments éprouvants qui peuvent se présenter. D’autres fois, les paraboles demandent de la part des destinataires réflexion pour saisir en profondeur la portée de leur message. Ce sont, en effet, des histoires fictives qu’il faut décrypter.

   La parabole, que l’évangile nous offre ce dimanche est de cette nature. En fait, notre tâche est facilitée, car Luc donne d’emblée l’interprétation, avant même de raconter l’histoire. Il introduit le récit en ces termes : « Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier et de ne pas se décourager ». Avec cette explication, le ton est donné ; ou plus exactement, la portée de la prière et sa fécondité sont mises en lumière. Le personnage central de l’histoire n’est pas le juge, mais la veuve, qui persévère dans sa demande, même si elle pourrait estimer durant toute une période que sa supplication est vaine et risque de ne pas aboutir. Sa persévérance, en fait, portera du fruit. L’invitation à ne pas se décourager reçoit toute sa force.

      Jésus était réaliste : il savait que prier est parfois difficile et demande de prendre sur soi pour durer dans cette attitude. Il en est ainsi, parce que les soucis du monde envahissent souvent notre esprit et nous détournent des réalités spirituelles, de la simplicité de cœur et de la confiance, qui sont les caractéristiques des enfants. Nous sommes enclins à vouloir tout tout de suite, ou alors, nous abandonnons, estimant que Dieu de nous écoute pas, qu’il est loin de nous, que notre prière n’a aucune efficacité. Le pire obstacle à la prière est peut-être le découragement, le doute finalement, quand nous nous disons intérieurement : “À quoi bon ? Est-ce que cela sert à quelque chose ? Dieu va-t-il m’entendre ? Qu’est-ce que je représente pour lui ?”. Ces réflexions sont stériles et nous détournent de la prière. Nous décrétons subtilement que Dieu ne va pas nous écouter. Plus ou moins consciemment, nous décidons dans notre for intérieur ce qu’il devrait faire, et l’interrogation qui peut surgir dans notre cœur quant au résultat nous démobilise.

      Le remède à tout cela, c’est la confiance. Ce n’est pas par hasard, si Jésus, tout au long de son enseignement, a insisté sur l’esprit d’enfance. Nous nous rappelons ce geste qu’il a accompli, quand les apôtres discutaient entre eux pour savoir qui était le plus grand parmi eux. Jésus, appelant un enfant et le plaçant au milieu d’eux, déclara : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3–4). L’enfant ouvre son cœur ; il est disponible pour recevoir ; et le don qui lui est fait transfigure aussi bien sa condition que son quotidien. C’est aussi ce que fait la veuve de la parabole dans l’évangile de ce dimanche. Elle est dans l’attente ; elle exprime sa demande ; elle persévère dans sa requête ; et le don qu’elle espère devient réalité. « Il faut prier toujours, dit Jésus, et ne pas se décourager ». Cette veuve, à sa manière, vit l’esprit d’enfance. Son attente est grande. Elle sait que le désir, qui est dans son cœur, n’est pas en son pouvoir. Elle doit le recevoir d’un autre. Le délai ne l’effraie pas. Elle persévère.

    Confiance et persévérance vont de pair. Ces deux vertus se soutiennent l’une l’autre. La confiance suscite la persévérance et la persévérance s’enracine dans la confiance. Les deux ouvrent au don que Dieu veut nous faire, comme il le veut, quand il le veut, de la manière qu’il veut.

     La figure de la veuve, comme celle de l’enfant, nous aide à grandir dans la foi. Ces images, que Jésus nous proposent, nous permettent d’ouvrir nos cœurs et nos mains. Nous pouvons alors devenir spirituellement riches de la richesse de Dieu, lui qui est riche en miséricorde (Ep 2, 4–7), parce qu’il est Notre Père. Amen.

P. François Fraizy

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