Homélie pour la solennité de la Sainte Trinité (C)

Jn 16, 12-15
    En ce temps-là,Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
   Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera,car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

 Notre expérience humaine nous l’a appris depuis longtemps : ce qui est source de grande joie, c’est la relation aux autres et la communion entre les personnes. La rencontre de l’autre nous sort de l’isolement ; elle nous permet de comprendre que nous sommes appelés à vivre une grande solidarité avec nos semblables, que cette solidarité nous enracine dans notre humanité et nous laisse percevoir la beauté, la grandeur et la profondeur des liens qui se tissent de la sorte.

      Cette expérience, nous la faisons, bien sûr, d’abord en famille, mais aussi dans tous les lieux où nous sommes amenés à faire un bout de chemin avec nos frères et sœurs en humanité, à commencer par l’école, puis le lieu de travail et enfin tous les endroits où nous nous trouvons avec d’autres, parce que nous avons fait des choix qui rejoignent des centres d’intérêt communs, enracinés dans l’attention aux mêmes valeurs.

   S’il en est ainsi, c’et parce que nous avons été créés l’image et à la ressemblance de Dieu. Les premières pages de la Bible sont éloquentes à ce propos (cf. Gn 1, 26–27). Quelque part, notre vie est marquée par nos origines, et ce que nous sommes profondément dans nos attentes, nos aspirations comme dans nos réalisations trouve là son sens. La fête que nous célébrons aujourd’hui, celle du Dieu Trinité, nous fournit la clé de compréhension de notre propre existence. Dieu est Père, Fils et Esprit, et cette réalité en Dieu a laissé a propre marque en nous, membres de l’humanité, sommet que nous sommes de la création.

     Les paroles de Jésus, que l’Église nous offre en ce dimanche qui fait suite à la fête de la Pentecôte, nous permettent de comprendre cela. Nous percevons bien l’unité qu’il y a entre Jésus et le Père céleste comme entre Jésus et l’Esprit Saint, unité faite de convergences dans l’agir et de partage dans la mise en commun de ce qui est propre à chacun. « Quand il viendra, l’Esprit de vérité, explique Jésus, il vous conduira dans la vérité toute entière ». Pour que les disciples comprennent bien, le Seigneur ajoute : « car il ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu’il entendra, il le dira, et il vous annoncera les choses à venir ». Jésus précise encore : « Tout ce que le Père a est mien ». Cette déclaration indique, elle aussi, le lien fondamental, indissociable entre le Père et Jésus, le Fils unique (Jn 3, 16 ; 1 Jn 4, 9).

   De cette unité, qui est en Dieu, nous sommes devenus participants au double titre de notre création et de notre baptême, qui a fait de nous une nouvelle création (2 Co 5, 17). C’est cette réalité vivante que l’apôtre Paul rappelait aux chrétiens de Rome dans la deuxième lecture, lorsqu’il écrit : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». L’apôtre Jean, pour sa part, l’a affirmé avec toute la netteté souhaitable dans sa première lettre, quand il explique que « Dieu est Amour » (1 Jn 4, 8), avec la conséquence pour notre conduite qu’il met en évidence : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour a trouvé en nous son achèvement » (1 Jn 4, 12).

    Voilà le mystère de la Trinité que nous célébrons aujourd’hui. C’est l’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit, et cet amour nous a été transmis. Nous sommes nous-mêmes appelés à vivre cet amour entre nous, au sein de notre humanité, et à l’égard de Dieu, qui nous a aimés le premier (1 Jn 4, 19).

    Nous comprenons de la sorte que la fête de la Trinité, c’est aussi, d’une certaine manière, nôtre fête, puisque nous sommes associés d’une façon privilégiée à l’amour qui est en Dieu par notre création et par notre nouvelle naissance dans l’Esprit. Notre propre existence trouve sa signification dans la contemplation du mystère trinitaire. Dieu nous appelle à partager sa gloire et son amour (Ep 1, 3–6). C’est en lui que nous nous trouvons notre finalité et notre achèvement.

    Cette réalité, qui nous est offerte, nous avons, à notre tour, à la rendre visible dans notre entourage. Rappelons-nous cette autre parole décisive de Jésus que nous avons entendue le mois dernier dans la liturgie : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes pour moi des disciples » (Jn 13, 35).

       En célébrant la fête de la Sainte Trinité aujourd’hui, nous mesurons la beauté et la profondeur de notre foi : le Dieu Trinité, que nous honorons, est l’amour par excellence. Il nous associe à son amour et nous demande de le refléter dans notre monde par notre engagement de croyants. Nous devenons de la sorte des porteurs d’espérance pour notre humanité. Amen.

  P. François Fraizy

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