Homélie pour le 5ème Dimanche de Pâques (C)

Jn 13, 31-33a; 34-35 
  Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié,et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

      À quoi reconnaît-on un chrétien ? Cette question nous intéresse, parce que nous sommes disciples de Jésus et que nous sommes fiers de l’être, étant entendu, par ailleurs, que cette fierté n’est pas de l’orgueil ni de la prétention, car une telle attitude peut parfois être présente, ce qui alors compromet l’authenticité du témoignage. Celui-ci ne peut qu’être humble, à l’imitation de celui du Seigneur, loin de toute forme d’ostentation personnelle (cf. Mt 6, 1–18).

     À quoi reconnaît-on un chrétien ? Jésus donne à ce sujet une réponse lumineuse. Nous venons de l’entendre dans l’évangile. « Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur, à savoir que vous vous aimiez les uns les autres ». Les choses sont claires. Mais pour qu’elles soient solidement intégrées dans le cœur des disciples, Jésus précise encore cette réalité en déclarant : « À ceci tous connaîtront que vous êtes pour moi des disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».

     La réponse est donnée avec toute la limpidité et la radicalité que l’on peut souhaiter : un disciple de Jésus est quelqu’un qui aime véritablement et profondément son prochain.

            Pourquoi en est-il ainsi ? Jésus a donné le fondement de cette réalité dès sa première déclaration : « Je vous donne un commandement nouveau, à savoir que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ». C’est ce « comme je vous ai aimés » qui est la référence ultime.

       Pour bien prendre la mesure de ce fondement, il faut se rappeler que Jésus dit cela le soir du Jeudi Saint, après l’épisode du lavement des pieds. Jésus s’est comporté comme un serviteur à l’égard de ses disciples et il a expliqué le sens de cette action. Après avoir repris sa place à table, il interrogea les apôtres : « Connaissez-vous ce que j’ai fait pour vous ? », demanda-t-il, et il ajouta : « Vous-mêmes m’appelez “le Maître” et “le Seigneur”, et vous dites bien : Je le suis. Si donc moi, je vous ai lavé les pieds, le Seigneur et le Maître, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ». Et pour que cette parole en acte, qu’est le lavement des pieds, soit perçue dans toute sa dimension, Jésus expliqua encore : « C’est un exemple que je vous ai donné, afin que, comme moi j’ai fait pour vous, vous aussi le fassiez » (Jn 13, 12–15).

    Voila le fondement : le disciple doit agir comme son Maître et Seigneur, comme Jésus l’a fait. Le commandement de l’amour, c’est d’imiter Jésus, qui a été serviteur, le lavement des pieds étant le signe symbolique de don qu’il fait de sa vie. L’évangéliste Jean le souligne solennellement et magnifiquement juste avant de présenter cette scène. « Avant la fête de la Pâque, écrit-il, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (13, 1). Le commandement nouveau est à comprendre à la lumière de l’engagement personnel de Jésus : il a aimé « jusqu’au bout », à l’extrême, dans le don de sa vie.

   Ce faisant, Jésus a mené à son plein achèvement l’enseignement qu’il a donné tout au long de son ministère public. Au légiste désireux de trouver les chemins qui conduisent à la vie éternelle il a raconté la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25–37). À la mère des fils de Zébédée, qui convoitait les bonnes places pour ses deux fils, il indique que les voies du Royaume des cieux n’ont rien à voir avec l’esprit du monde, fait d’arrivisme et d’ambition vaniteuse, mais que c’est le choix du service qui grandit véritablement l’être humain, comme le montre la manière d’agir du Fils de l’homme (Mt 20, 20–28). Le don de soi est également au cœur de l’engagement du Bon Pasteur qu’est Jésus lui-même (Jn 10, 11, 15, 17–18).

       La voie nous est montrée. Nous sommes fiers et heureux d’être disciples de Jésus. Nous le sommes devenus par notre baptême, plongée sacramentelle dans le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, manifestation suprême de son amour sans limite pour tous les membres de notre humanité. Ce que nous sommes dans le principe, nous avons à le devenir chaque jour davantage par notre engagement. « À ceci tous connaîtront que vous êtes pour moi des disciples, dit Jésus, si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».

       Nous savons que cela est exigeant. Mais cela est aussi libérant. Cet amour, dont Jésus nous a donné l’exemple, libère notre cœur de nos petitesses et de nos étroitesses ; il nous permet d’avoir un regard neuf sur les autres, quelles que puissent être parfois leurs limites ; il nous apporte la joie du don ; il crée un univers de communion, parce que nous nous reconnaissons alors tous comme frères, fils avec le Fils (cf. Rm 8, 28–29).

     Ce commandement de l’amour inconditionnel, à l’imitation de Jésus, engendre un monde nouveau. La voie que Jésus a ouverte, est une chance pour notre humanité. En mettant nos pas dans les siens, nous révélons sa présence dans notre monde. En imitant, chacun à notre manière, chacun selon son propre charisme, l’amour que Jésus a montré jusqu’au bout, nous nous manifestons comme ses disciples et nous rappelons, de la sorte, la bénédiction qu’il a été et qu’il est encore pour notre humanité. La mise en œuvre du commandement nouveau, que Jésus donne à ses disciples, fait d’eux véritablement le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13–16). Cette promesse est aussi un appel que nous voulons mettre au cœur de nos vies. Amen.

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