Homélie pour le 4ème Dimanche de Pâques (C)

Jn 10, 27-30 
En ce temps-là, Jésus déclara : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »

   Le chapitre dixième de l’évangile selon saint Jean, dont nous venons d’entendre quelques versets, est un de passages les plus explicites de tout le Nouveau Testament pour comprendre la personne et la mission de Jésus. Les paroles du Seigneur, que la liturgie a retenues pour ce quatrième dimanche de Pâques, nous permettent de bien saisir cette réalité.

     Dans ce chapitre, Jésus s’exprime souvent sur le mode autobiographique. Il est amené à se justifier, à expliquer ce qu’il fait et entreprend, parce que son agir est contesté ou, du moins, mal compris et suscite de l’irritation de la part d’un certain nombre de ses contemporains. Il répond à ces objections en expliquant le sens de sa pratique, le but qu’il poursuit durant ses pérégrinations et les raisons qui fondent son engagement. Le fait de devoir se justifier lui donne l’occasion dire qui il est véritablement, comment il comprend sa mission et la signification que celle-ci prend dans le plan de Dieu.

      Pour rendre compte de ce qu’il est et de ce qu’il fait, Jésus recourt à l’image du berger, du bon pasteur, que les prophètes avaient maintes fois utilisée pour faire comprendre la sollicitude et l’amour de Dieu pour son peuple. Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, chacun, à sa façon, avait expliqué comment Dieu était comme un berger pour son peuple et agirait encore de cette manière aux temps futurs (Is 40, 11 / Jr 3, 15 ; 23, 3–8 / Ez 34, 11–16). Le psalmiste lui-même fait sienne cette image pour faire comprendre combien Dieu veille sur ses enfants et les conduit en des lieux de bénédiction (Ps 23, 1–4).

    Jésus se situe dans la ligne de cette tradition pour faire comprendre la signification de tout ce qu’il entreprend. Quelques instants plus tôt, il déclarait : « Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis » (10, 11). La référence à la pratique de la vie pastorale lui permet d’indiquer la générosité et l’abnégation qui sont à la base de son engagement. Il aimera jusqu’au bout, et cela impliquera le don de sa vie (cf. Jn 13, 1). Cet amour se nourrit, dans le présent, d’une connaissance profonde et réciproque entre le berger et les brebis. Jésus avait, en effet, encore déclaré : « Moi, je suis le bon berger. Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » (10, 14). La relation est faite d’une grande proximité, d’une solidarité à toute épreuve et d’une affection mutuelle qui soude dans l’unité. C’est tout cela que Jésus récapitule dans les paroles qui nous sont offertes ce dimanche. « Mes brebis écoutent ma voix, explique le Seigneur dans l’évangile de ce jour ; moi, je les connais et elles me suivent ». Ce lien personnel a une portée hors du commun et transmet une promesse d’une grande richesse. Jésus ajoute en effet : « Je leur donne la vie éternelle ; jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main ». L’image du berger est comme transcendée. Son contenu, dans le cas présent, ne se limite pas aux biens terrestres. Il concerne les valeurs fondamentales du Royaume des cieux, qui trouveront leur achèvement dans la vie auprès de Dieu qui n’aura pas de fin. Telle est la mission que Jésus accomplit en ces temps (cf. Lc 15, 1–7 / Mt 18, 10–14).

    Cette explication de type autobiographique, définissant l’agir de Jésus à la manière du pasteur promis par Dieu, nous transmet encore un autre enseignement d’une grande importance. Parlant de ses brebis, le Seigneur ajoute en effet : « Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père ». Après avoir présenté le contenu de sa mission, Jésus révèle maintenant sa source et son fondement. Cette mission vient du Père qui l’a envoyé (cf. Jn 5, 36 ; 6, 57 ; 7, 28–29 ; 8, 42) et trouve tout son sens dans l’unité qu’il y a entre eux. Jésus conclut en effet : « Le Père et moi, nous sommes un ». Cette relation unique entre le Père et lui, Jésus l’avait déjà évoquée précédemment, lorsqu’il avait parlé de la connaissance réciproque que le berger entretient avec ses brebis. Celle-ci avait, en effet, été qualifiée d’une façon particulière, qui prend maintenant tout son sens. La parole complète de Jésus à ce moment-là avait été pour dire : « Moi, je suis le bon berger. Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que moi, je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis » (10, 14–15). En parlant de sa mission, Jésus dévoile en même temps son identité véritable : il est lié d’une façon unique au Père, et c’est ce lien qui transparaît maintenant dans la manière dont il est présent à notre humanité, dans une attitude faite de réciprocité avec tous les hommes et de générosité sans limite dans le don de soi.

   Voilà le mystère de Jésus, qui est offert à notre méditation et à notre contemplation en ce quatrième dimanche de Pâques. Le Seigneur vit une intimité unique avec le Père des cieux et cette connaissance réciproque en Dieu trouve maintenant un retentissement particulier dans la relation que Jésus vit avec les membres de notre humanité, pour lesquels, tel le bon berger, il donnera sa propre vie.

    Jésus, le bon berger, est celui qui guide chacun de nous dans notre cheminement  de foi. Il nous connaît et nous le connaissons. Il a donné sa vie pour nous. Il nous introduit dans l’intimité du Père des cieux et nous donne d’avoir part à la vie éternelle. Avec lui nous possédons tout (cf. 2 Co 5, 17—6, 10 / Rm 8, 31–39). Telle est la richesse et la grandeur de notre foi. Amen.

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