Homélie du Dimanche de la Sainte Famille (C)

1 Jn 3, 1–2.21–24 / Lc 2, 41–52 
   Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. 
   C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. 
   Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.

  Cette scène, qui clôt les récits de l’enfance dans l’évangile de Luc, a une dimension typiquement prophétique. Elle permet au lecteur de pressentir qui est véritablement Jésus, avant d’aborder les différents épisodes de son activité publique en Galilée, en Samarie, puis, au terme, à Jérusalem. L’Église l’a choisie pour marquer le jour où elle veut honorer la Sainte Famille et, par là, monter à toutes les familles la grandeur de leur mission et les chemins qu’il convient d’emprunter pour qu’elles remplissent pleinement leur vocation dans le plan de Dieu.

    Nous voyons ainsi comment vivait la famille de Nazareth, et la description que nous donne l’évangéliste et riche d’enseignements. Il nous suffit d’ouvrir nos yeux, nos oreilles et notre cœur pour recueillir bon nombre d’observations qui montrent la voie pour que la famille rejoigne pleinement le projet du créateur.

    Luc nous indique tout d’abord comment Marie et Joseph se rendaient chaque année au temple de Jérusalem pour la fête de la Pâque. Dès le premier verset, la pratique religieuse de la famille est présentée comme une évidence, comme une réalité qui a toute sa place chez eux et qui va de soi. La dimension spirituelle de la vie est pleinement honorée. Et cela est la base de la vie familiale. On se sait appelé à la vie par Dieu, et observer ses préceptes est la réponse aimante et reconnaissante au don fait par le créateur.

    L’incident, qui va se produire et qui sera, en fait, source de révélation concernant Jésus, s’inscrit bien dans la manière de vivre de la famille. Au terme des festivités, l’enfant Jésus reste à Jérusalem et « ses parents ne le surent pas », explique l’évangéliste. Ceux-ci, dans leur façon d’agir à l’égard de celui dont ils ont la charge, ne veulent pas tout savoir. S’ils exercent bien leur autorité parentale, comme le montrera la suite du récit, ils ne s’immiscent pas dans toutes les réalités de la vie de l’enfant. Ils ne sont pas étouffant, surprotégeant celui que Dieu leur a confié. L’enfant dispose de sa propre liberté de mouvement, manifestation du respect de sa conscience, alors qu’il se trouve au seuil de la vie adulte. Il a douze ans ; il est donc déjà pour une part responsable de sa vie. Cela est totalement pris en compte par les parents.

    Les fonctions respectives au sein de la famille sont ainsi pleinement honorées. Les parents agissent en parents. Ils laissent une certaine autonomie à l’enfant, mais ils savent aussi faire valoir leurs droits de parents humains, avec ce que cela implique pour eux comme responsabilités par rapport à ce qu’ils perçoivent de l’attitude de l’enfant. Celui-ci, pour sa part, ne sort pas de ce cadre, même si son séjour à Jérusalem peut paraître, dans une première approche, surprenant. En harmonie avec sa condition présente, il reste « soumis » à ses parents, souligne l’évangéliste à la fin du récit.

   La relation s’établit dans le dialogue. Il est significatif que les premières paroles, au moment des retrouvailles, prennent la forme du questionnement. « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? », demande aussitôt Marie. « Pourquoi me cherchiez-vous ? », déclare en réponse Jésus. Les reproches n’ont pas de place en cet instant de forte émotion. Au contraire, la question offre à l’autre, dans les deux cas, la possibilité de s’exprimer sur ce qui a fondé son action. Le souci primordial est de rejoindre l’autre dans ses motivations pour tâcher de le comprendre. Si « incompréhension » il y a eue chez les parents par rapport à la réponse de Jésus, cette incompréhension n’est pas source d’amertume, ou encore de méfiance, ni d’autoritarisme ni, non plus, de désespoir. C’est, en réalité, une attitude de respect, d’ouverture de cœur, sachant, en définitive, que quelque chose, en cet instant, les dépasse. Le mystère personnel de l’enfant est pleinement respecté.

    On pourrait caractériser l’esprit qui se manifeste dans cette scène de l’évangile par ces trois mots : liberté, respect, confiance. Ces trois réalités marquent profondément les relations entre les personnes. La liberté d’abord. Jésus est libre dans ses mouvements comme dans sa parole, mais en même temps, il est soumis à ses parents. Ceux-ci lui laissent une part de liberté, mais sont aussi vigilants et lui demandent des comptes par rapport à son agir. Le respect aussi est omniprésent. L’enfant ne se dérobe pas à l’autorité parentale, même s’il a compris que sa vocation personnelle sera d’un type particulier. Les parents ne sont pas pesant à l’égard de l’enfant, même s’ils sont conscients de leur propre responsabilité à son sujet, devant être vigilants, non seulement pour sa sécurité mais encore pour la transmission de valeurs familiales, qui implique la reconnaissance de leur propre autorité. Confiance, enfin. Le dialogue est direct, loin de tout reproche d’un côté comme de l’autre, dans la reconnaissance sans faille des rôles respectifs. Une famille donc où il fait bon vivre. Les interrogations peuvent surgir, mais elles sont dépassées dans le cadre d’un dialogue basé sur l’estime mutuelle.

   Le passage de la première lettre de Jean, que nous avons entendu dans la deuxième lecture, nous fournit, à sa manière, la clé de compréhension de cette scène de l’évangile. L’apôtre écrit au sujet de Dieu : « Ceci est son commandement, à savoir que nous croyions au nom de son Fils Jésus et que nous nous aimions les uns les autres ». Ce récit nous permet de mieux saisir dès maintenant, alors que nous sommes encore au début de l’année liturgique, qui est véritablement Jésus, entièrement donné aux affaires de son Père. En même temps,  nous comprenons que cette foi en Jésus trouve tout son déploiement quand nous vivons unis par le même amour au sein de la famille que Dieu nous a donnée, dans un esprit qui porte les marques de la liberté, du respect et de la confiance. Tels sont les chemins du bonheur que Jésus révèle à ceux qui le reconnaissent comme le véritable Seigneur de leur vie. Amen.

P. François Fraizy

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