Homélie pour le 2ème Dimanche de l’Avent C

Ph 1, 4–6.8–11 / Lc 3, 1–6

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.

En entendant cet évangile, nous comprenons aisément que Jean-Baptiste ait été vénéré par ses contemporains. Il leur transmet, en effet, un message d’une grande vigueur. La description que Luc nous donne de son ministère du précurseur est sobre, mais elle dit bien les choses. « Il parcourut toute la région du Jourdain en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés », écrit-il. Voilà l’originalité et la mission du précurseur. Il aide ses contemporains à prendre conscience de leur péché – au fond, de ce qui les rend malheureux –, et il leur indique le moyen d’en sortir : un « baptême de conversion », c’est à dire un rite qui manifeste leur désir de changer de vie, de se transformer intérieurement et, de la sorte, de mieux correspondre à ce que Dieu attend d’eux.

            Nous le savons, la conversion est quelque chose d’exigeant, parce que cela demande de vivre une certaine forme de rupture par rapport à une manière de vivre dans laquelle on s’était installé. Il faut changer de conduite, non pas purement et simplement par désir de nouveauté, mais parce qu’on a compris que quelque chose ne peut plus durer, parce qu’il y a mieux à faire que de rester dans la tiédeur, dans la routine. Une prise de conscience s’est opérée : c’est en vivant en harmonie avec ce que Dieu a prévu pour ses enfants qu’on trouve le vrai bonheur. Jean-Baptiste est promoteur de cette compréhension des choses. Dans le prolongement de la prédication des prophètes de l’Ancien Testament, il invite au renouvellement du cœur, à une recherche authentique de Dieu, à une conduite, aussi, qui correspond aux valeurs du Royaume des cieux et donc habitée par le souci du droit et de la justice, de l’authenticité et de la charité.

       Toutes ces réalités, si elles demandent à prendre sur soi, si elles supposent des efforts, sont, en fait, attirantes, parce qu’elles permettent à l’être humain de grandir, de rejoindre le projet de Dieu, et donc d’avoir accès à la plénitude de la vie. Voilà ce qui rend Jean-Baptiste immédiatement sympathique pour les personnes au cœur droit, mais inversement aussi suscite de l’opposition de la part de celles et ceux qui ne veulent s’écarter tant soit peu de leur conduite mauvaise. Jean-Baptiste, nous le savons, le payera de sa vie (cf. Mc 6, 21–29).

     Pour convaincre ses contemporains de s’engager dans la voie de la conversion et du renouvellement, le précurseur emploie un langage poétique, qui doit motiver. « Voix de celui qui crie dans le désert, proclame-t-il. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ». Cette exhortation n’est pas simplement le fruit de son imagination. Il s’agit, en fait, d’une citation de l’Ancien Testament, des paroles qui se trouvent dans le livre d’Isaïe et qui transmettent le message que Dieu adresse à son peuple dans des circonstances particulières, à savoir le retour de la captivité à Babylone. Le temps de l’exil est fini. Le Peuple Saint revient en Terre d’Israël. Une ère nouvelle commence, et il importe alors d’œuvrer à la création de ce monde nouveau. Le prophète Isaïe invite instamment à tout mettre en œuvre pour que ce nouveau départ soit une réussite (Is 40, 3–5).

   En reprenant ces paroles, Jean-Baptiste souligne la continuité de l’Histoire Sainte. Il avertit les personnes de son temps que quelque chose d’important se prépare, comparable à l’étape de vie nouvelle qui s’est produite quelques siècles plus tôt avec le retour d’exil. Il importe alors d’être disponible pour mettre pleinement à profit ce que Dieu a choisi de réaliser dans la période qui vient. D’où son appel : « Préparez les chemins du Seigneur », et la conséquence qu’il en tire, en citant toujours Isaïe : « Et tout être vivant verra le salut de Dieu ».

   Avec Jean-Baptiste, les chrétiens ont compris que ces paroles prophétiques concernaient Jésus. Le Seigneur, pour lequel il faut préparer les chemins, c’est lui ; la manifestation du salut de Dieu, qui sera visible pour tout être humain, c’est encore lui. Quand l’Église nous rappelle chaque année, au début de l’Avent, cette prédication du précurseur, elle nous invite à réaliser de façon renouvelée que Jésus a transformé notre condition humaine et qu’en faisant mémoire de sa venue parmi nous, nous sommes conviés, nous aussi, à renouveler notre cœur, à nous engager sur des chemins de conversion, pour que la visite que Dieu a faite à notre humanité dans la personne de Jésus porte tous ses fruits (Lc 1, 68 – cf. 19, 44).

   « Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10.12.14), demandaient à Jean-Baptiste les hommes de son temps. Cette question est également présente à nos esprits. La réponse, nous la trouvons dans le passage de la lettre aux Philippiens que nous avons entendu dans la deuxième lecture. L’apôtre Paul explique d’abord ce qu’il éprouve intérieurement à l’égard des chrétiens de cette ville. Il écrit : « Oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ ». La traduction arrive difficilement à rendre toute la densité et la profondeur de cette déclaration de l’apôtre. Quand il parle de sa « vive affection », il désigne son intense désir de communion avec tous les membres de la communauté de la ville de Philippes, et quand il se réfère à « la tendresse du Christ », il emploie une expression qui indique traditionnellement dans l’Ancien Testament une émotion de compassion qui retentit jusque dans les entrailles. C’est l’attitude de Dieu qui a comme des entrailles de mère pour son peuple (cf. Jr 31, 20). Ce mot est aussi celui que les évangiles utilisent de façon spécifique pour décrire les sentiments pleins de miséricorde de Jésus à l’égard de toutes les personnes touchées par la souffrance, que celle-ci soit liée à la maladie (cf. Mc 1, 41 ; 9, 22 – cf. Mt 14, 14) ou au deuil (cf. Lc 7, 13). Voilà ce qu’éprouve Paul pour les personnes que Dieu à mises sur sa route et qui partagent avec lui la même foi. Dans ce contexte, il exprime encore ce souhait : « Dans ma prière, je demande que votre amour abonde de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute intelligence pour discerner ce qui est important ». Nous le comprenons, la réponse, à toutes les époques, c’est l’amour, c’est la miséricorde, comme Jean-Baptiste l’a proclamé et comme Paul l’a vécu en étant imitateur de Jésus (cf. 1 Co 11, 1).

   Les paroles de l’apôtre retentissent fortement dans notre cœur, alors que nous nous apprêtons à célébrer, ces prochains jours, l’ouverture du Jubilé de la miséricorde. Le monde nouveau, qui est entré dans sa phase définitive avec la venue de Jésus parmi nous, requiert de notre part amour et miséricorde. De cette manière, notre célébration de Noël cette année et d’abord notre temps de l’Avent présentement reçoivent une coloration particulièrement intense. En choisissant, à l’appel du pape François, de mettre la miséricorde au centre de notre vie, nous aiderons nos contemporains à trouver les chemins de la foi, et nous-mêmes, nous prendrons une part plus intense à l’amour qui est en Dieu (cf. 1 Jn 4, 12) et qui a pris sa forme suprême dans l’amour que Jésus a manifesté pour toute l’humanité en donnant sa vie sur le bois de la croix (cf. Jn 13, 1).

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